Un festival sauvage

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La 16ème édition de 2300 Plan 9 débute ce soir à la Chaux-de-fonds. Dans un Temple allemand indécemment décoré, le festival diffusera des films gores pendant une semaine. Une programmation aux relents de retour aux sources.

Dès l’entrée dans le Temple allemand, un Lapin crétin farci aux bébés et une araignée aux lèvres très vaginales plongent le visiteur dans l’atmosphère déjantée des Etranges Nuits du cinéma. La 16ème édition du festival commence ce soir et fermera ses portes dimanche 5 avril. « Le week-end de Pâques, on va se déguiser et faire les cons dans une église, résume Manu Moser, alias Mortimer. On peut difficilement faire plus provocateur » rigole le présentateur de l’événement. C’est que 2300 Plan 9 n’a de commun avec les festivals de cinéma traditionnels que de diffuser des films. Tout le reste part en vrille avec un second degré clairement assumé. Dans une décoration qui frise l’indécence, des films qualifiés d’étranges se voient diffusés devant un public libre de tout mouvement et de toute parole. « On veut désacraliser le monde du cinéma » explique Mortimer. « Les gens peuvent hurler, se lever, boire des bières, manger. Ca doit être une fête », continue le gai luron. « Les gens ne viennent pas ici pour voir des films mais vivre une expérience » ajoute Lecoon, président de l’association 2300 Plan 9.

Une prog à l’ancienne

Cette année, la programmation fait la part belle aux films bien gores, parfois anciens. « On vit une sorte de retour aux sources » commente Mortimer. « Ça sent bon la naphtaline et les mauvais effets spéciaux ». Le mardi, par exemple, c’est un film japonais de 1989, Tetsuo :The Iron man, qui animera l’écran de ses images choc. Pour cette soirée ciné-concert, le groupe de musique The Fawn jouera en live une bande-son écrite pour l’occasion. Parmi les navets, Sharknado 2 (2014), réunissant les acteurs de la série Beverly Hills dans une histoire de tornade aromatisée aux requins, devrait ravir les habitués. « On avait diffusé le premier volet l’année passée en fin de soirée dans l’optique de faire fuir les gens », raconte Manu Moser. « Mais en fait ils ont adoré ». D’où le second volet cette année. Pour les amateurs de films vraiment noirs, Hotel Inferno, projeté le lundi, affiche un 6/6 sur le « Goromètre » du programme. Autre événement des plus improbables, une conférence consacrée à l’importance des vampires lesbiens dans le cinéma et présentée le vendredi par Valentine Deluxe, un célèbre pseudo travesti belge, s’annonce comme l’un des moments clés de cette édition.

 « L’anti-lanterne magique »

Comme chaque année, le mercredi après-midi sera entièrement consacré aux enfants. Il commencera avec la traditionnelle chasse aux œufs et ses 20 kilos de chocolat à débusquer dans les entrailles du temple, suivie par un film qui affiche 0/6 au conteur du « goromètre » mais appartient lui aussi à la catégorie des étrangetés. « Notre film pour les enfant est un peu l’anti-lanterne magique, on pourrait l’appeler la Lampe de poche maléfique », illustre Manu Moser. « Les gamins peuvent se comporter comme les adultes, ont le droit de crier, de se déplacer et c’est open bar pour le sirop». Des comédiens cachés dans la salle se tiendront prêts à perturber l’atmosphère si l’ambiance se fait trop calme.

« Dragon Boules », « Ca va rentrer »

La classique soirée des Courts mais Trash du jeudi promet elle aussi de belles surprises. Une trentaine de réalisateurs du monde entier ont concocté de petits amuses-bouches cinématographiques portant de subtils noms tels que « Dragon Boules », « Turbo Vomi » ou « Ca va rentrer ». A l’issue de la soirée, le public pourra voter pour son film favori. Un jury savamment composé, réunissant le fameux travesti belge, un réalisateur de l’étrange, un chauve, un programmateur déviant et un journaliste obsédé, délivrera lui aussi un prix pour le meilleur film. Il ne manquera pas de féliciter également les perdants en leur attribuant une pléiade de mentions « les plus connes possibles », aux dires de Mortimer. La semaine s’annonce donc intense à la fois pour les zigomatiques, les cordes vocales et le foie. « C’est trop long » se lamente ironiquement l’animateur. « C’est mauvais pour la santé ». Et ce d’autant plus qu’un tatoueur enfui dans une boîte se tiendra prêt à tous moments pour encrer de jolis petits dessins sur la peau des spectateurs ensorcelés. « Une véritable très mauvaise idée » admet Mortimer. Amateurs du bon goût et du cinéma 3D s’abstenir donc.

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À propos de Lena Würgler

La seule autre vraie journaliste.

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