Un Martien savoureux

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Si l’on accepte de faire fi d’un réalisme pointilleux, Seul sur Mars (The Martian), de Ridley Scott, relève de ce que l’on peut appeler un très bon divertissement. Son principal atout : ne jamais plonger dans un dramatisme mielleux ni faire appel à un trop plein d’actions pour tenir le spectateur en haleine. Une mission rendue possible par l’excellent Matt Damon.

La première scène va vite, très vite. Sur Mars, une tempête surprend une équipe de la Nasa, un objet percute un astronaute et l’emporte, le reste de l’équipe doit quitter la planète pour sauver sa peau et laisse pour mort son coéquipier. Tout s’est enchaîné si rapidement que le spectateur, à l’instar des astronautes, n’a pu clairement voir ce qu’il s’était passé, tant la visibilité était brouillée par le vent et le sable. Il ne sait rien encore de l’homme abandonné, si ce n’est qu’il se prénomme Mark. Il n’a même pas encore vu son visage.

Première scène expédiée

Cette scène, abrupte, dure cinq minutes à peine. Elle aurait pu s’étendre en longueur, miser sur un insoutenable suspens, mais Ridley Scott n’a pas joué cette carte-là. En allant voir Seul sur Mars, tout le monde s’attend déjà à regarder l’histoire d’un homme isolé sur la planète rouge. Nul besoin dès lors d’en faire tout un plat avec une introduction interminable. Quelques minutes suffisent à poser le décor. Ce début surprend déjà, positivement, par son minimalisme.

Un suspens sans actions

Le film, inspiré du roman The Martian d’Andy Weir, raconte l’histoire de cet astronaute, Mark Watney, blessé mais bien vivant, condamné malgré lui à survire sur une planète hostile en attendant qu’une hypothétique mission vienne le reprendre. Mais aucune n’est prévue avant plusieurs années et l’homme n’a pas de moyen pour contacter la terre, où tout le monde le croit mort. Une situation pour le moins embarrassante… qu’il va tenter de surmonter avec ingéniosité et humour. Le génie du film réside dans sa faculté à conserver un suspense haletant, sans sombrer dans le mélodramatique ou l’action gratuite.

De l’humour noir pour tenir

Mark Watney passe la plupart de son temps à réfléchir à d’ingénieuses méthodes de survie, à tester ses inventions, à chercher tous les moyens possibles pour entrer en contact avec la Nasa, le tout en relatant ironiquement ses faits et gestes sur la vidéo de son journal de bord. Ridley Scott réussit à tenir les spectateurs en haleine à travers les seules réflexions, idées, réalisations du héros. Mais c’est surtout l’humour noir de l’astronaute, distillée tout au long du film, qui contribue le plus à faire défiler les 2h20 du film sans les sentir passer.

Une ode au système D

Pour maintenir la tension, Scott n’a pas sorti le grand jeu, style Verticale Limite, en imaginant toutes les catastrophes possibles auxquelles son héros pourrait être confronté. Il a opté pour la version « Système D », rappelant Apollo 13. En gros, à chaque fois qu’un problème doit être surmonté, la solution la plus simple ne fonctionne pas. Du coup, les scientifiques doivent tous se creuser les méninges pour trouver d’autres possibilités, relevant plus souvent du bricolage improvisé que de la science exacte. Cette structure construite sur une suite de problèmes et de résolutions improbables constitue toute l’intrigue du film et a le mérite de ne pas correspondre aux habituelles scènes d’actions rapides des grands blockbusters américains.

La sueur patriotique

Seul sur Mars ne parvient toutefois pas à éviter toutes les dérives que l’on retrouve souvent dans ces grandes productions. La principale, ici, est de faire transpirer le film de patriotisme héroïque. A l’exception d’une caricaturale chargée de communication de la Nasa, tous les personnages sont gentils, empathiques et courageux. Personne ne craint le sacrifice de sa vie, nul n’est égoïste. Seule compte la survie du compatriote américain. Et ce, même si cela exige de désobéir au supérieur hiérarchique, d’envoyer paître les médias ou de sacrifier plus d’une année de vie familiale. Personne ne doute. Aucun protagoniste n’incarne le «maillon faible», mais humain, de la galerie. En somme, le film baigne un peu trop dans l’héroïsme mécanique et peu naturel.

Un réalisme approximatif

Ce film de Hard-science-fiction tend à rendre l’histoire la plus réaliste possible. Si la recherche scientifique réalisée se ressent fortement, Ridley Scott se permet quelques imprécisions pour le bien du scénario. Les approximations les plus grossières se concentrent toutefois sur le bouquet final, à savoir la dernière scène dans l’espace. Pour ne pas trop mâcher l’histoire avant de l’avoir goûtée, il suffit de parler d’un freinage d’urgence les roues arrachées, d’une réincarnation de Buzz L’éclair et d’un rattrapage d’urgence à la James Bond version Pierce Brosnan pour imager le tirage de cheveux que cela engendre, quand bien même la fin reste incertaine. Il faut cependant souligner que cette avant-dernière scène, liquidée en quelques secondes, ne joue, au fond, qu’un rôle secondaire dans l’entier du film. Ce dernier mérite, quoi qu’il en soit, d’être vu. Sans pour autant rivaliser avec les tout grands.

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À propos de Lena Würgler

La seule autre vraie journaliste.

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