Stéréochroniques

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Vraiment, je n’aime plus la musique”, dixit Phil Collins il y a deux ans de cela. « Ma plus jeune fille, Lily, me passe des trucs parfois et je lui dis que c'est bien. Mais en fait non".

Eh bien désolée pour lui si sa fille chérie a des goûts plus que douteux, mais nous la musique on continue à l’adorer ! La preuve sous votre bras droit puisque c’est là que se trouvent les chroniques qui passent en revue les talents de Sleigh Bells, Mazzy Star et des Strypes. Parce que oui, certains artistes arrivent encore à nous surprendre aujourd’hui ! Quel pessimiste ce Phil Collins. 

Sinon, c’est le grand retour de notre concours de « l’album mystère », alors enclenche ta matière grise et envoie-nous le nom de l’artiste qui se cache derrière les indices à journal.lecafignon@unine.ch

 

Album mystère : James Blunt, « Moon Landing »

Cet auteur-compositeur-interprète de 39 ans nous vient d’Angleterre et en est déjà à son 4ème album. Pourtant, rien ne semblait le prédestiner à la musique, lui qui naît dans une famille perpétuant la tradition militaire de père en fils. Notre intéressé va d’ailleurs s’engager dans l’armée britannique en tant que capitaine lors de la mission de paix orchestrée par l’ONU en ex-Yougoslavie. C’est au Kosovo qu’il va composer la désormais célèbre « Pas de Courage » (traduction littérale bien sûr) dans laquelle il chante son expérience de la guerre. Il remporte les NRJ Music Awards en 2006 dans la catégorie révélation internationale de l’année. De nombreuses autres récompenses suivront. En hiver, il ne crache pas non plus sur une petite descente à ski à Verbier, station dans laquelle il possède son propre chalet. Ah, et il adore dire à sa douce que « tu es belle, c’est vrai » !

 

Sleigh Bells

Ça claque, ça gifle, ça miaule, ça sature, c’est Sleigh Bells. Les coupables de ce joyeux capharnaüm musical se prénomment Derek Miller et Alexis Krauss . Avant leur copinage musical, le premier officiait dans un groupe de hardcore alors que l’autre braillait des hymnes d’adolescents boutonneux dans la formation Rubyblue. Leur rencontre en 2009 va inspirer leurs esprits frappadingues et une idée, puis un concept germent enfin : pourquoi ne pas mêler punk-hardcore et pop dynamique ? Le premier prototype de cette fusion surprenante prendra la forme de « Treats », sorti en 2010. Constatation immédiate : le qualificatif le plus adéquat à coller au son du groupe serait « saturation sautillante ». Écouter ce disque, c’est assister à la séance d’aiguisage de couteaux d’un rémouleur au son des Ting Tings. Alors oui, leur musique surprend au début, mais c’est comme une peinture de Dalì : On met un peu de temps pour comprendre et apprivoiser son art, mais une fois qu’on entre dans le délire du créateur, dur d’en ressortir ! « Bitter Rivals », dernière livraison en date des américains, n’échappe pas à la règle. Pourtant, tout commence bien. Enfin, pendant exactement 30 secondes, juste le temps de taper du pied sur les quelques accords bien rythmés mais hachés qui ouvrent le premier morceau, puis la guitare se met soudainement à cracher sa disto. C’est parti pour une trentaine de minutes de synthés tapageurs, d’effets sonores cheap à la K-Pop, d’overdrive, le tout nappé des couinements d’Alexis Krauss, Barbie sous acide. Peu de ballades ou chansons pour calmer nos tympans, à part peut-être « To Hell With You » ainsi que « Love Sick », aux rythmes plus ralentis et aux mélodies plus aériennes et marquées. Leur bidouillage sonore complètement atypique pour un paysage musical d’aujourd’hui prônant le copier-coller des tubes à succès fait plaisir à entendre. Parce que même si leurs compositions peuvent paraître simplistes, même si leur style hérisse les poils de certains, n’oublions pas que les oeuvres de grands génies comme Dalì n’ont pas réussi à convaincre dès le début…

 

Sandoval

Il a 17 ans et pèse 10 chansons. Ses heureux parents, les charismatiques Hope Sandoval et David Roback, ont pris leur temps pour présenter au monde leur nouveau-né, sorti  ce 23 septembre dernier. Ils avaient fait taire leurs compositions abyssales et psychédéliques depuis 1996, ne donnant signe de vie uniquement sur quelques projets parallèles, notamment avec Massive Attack et les Chemical Brothers du côté de Sandoval. Leur folk rock est une invitation à la rêverie éveillée et à la redécouverte des soirées en amoureux au coin du feu (voir plus si affinités). Leur credo : ne jamais changer une équipe qui gagne. Que l’on écoute « So Tonight That I Might See », Among my Swan » (leurs deux premiers albums), ou le petit dernier « Seasons of Your Day », les envolées de guitares de Roback, la voix doucereuse de Sandoval et les caresses sonores dans le sens du poil, aucun ingrédient d’origine ne disparaît. La discographie du duo repose entièrement sur la même recette et ne tranche jamais radicalement le fil rouge musical qu’on leur connaît. Un choix dangereux, pour certains : Nickelback, The Strokes, ou même l’AC/DC des années 80 ont chacun fait les frais de leur statisme musical en perdant des milliers de fans, déçus de retrouver dans les bacs le même album à chaque fois. Le cas Mazzy Star est plus subtil. L’enchantement persiste, la recette envoûte. C’est que les deux acolytes entretiennent le mystère en restant l’un des groupes les moins loquaces au monde quant à leurs activités ! Qu’à cela ne tienne comme dirait l’autre, la musique parle d’elle-même. « Seasons of Your Day », c’est le Graal réincarné sur les platines, une pierre brut taillée avec amour pendant 17 ans pour lui donner la forme d’un bijou d’orfèvre.  Tout est léger, éthéré, duveteux comme une bataille de plume sur un marshmallow géant. Comment leur en vouloir de ne pas avoir changé leur recette d’un pouce ? Les violons pleurent, la six cordes gémit, la voix câline notre âme et rendrait catholique l’athée le plus récalcitrant. Fans invétérés de Metallica, passez votre chemin. 

 

Snapshot

Wow ! Dire que ces quatre irlandais bêchaient encore leurs mathématiques sur  les bancs d’école il y a quelques mois seulement… Les deux Strypes les plus âgés n’ont que 17 ans ! Et pourtant, ils manient déjà le vieux blues-rock comme des vétérans. Effectivement, on pourrait dire qu’ils n’inventent absolument rien, qu’ils ressortent les vieux tubes des décennies 50-60 pour les remanier à leur sauce Guinness, que tout cela est bien joli mais trop facile. Ce n’est pas l’avis d’Elton John, qui n’a pas hésité une seconde à les signer sur sa maison de disque Rocket Music après les avoir remarqués sur scène. Et il n’est pas le seul à les admirer, puisque Noël Gallagher (Oasis) ou Paul Weller se sont déjà éclatés à leurs concerts. On parle ici de jeunots qui ont tout compris au rock’n’roll d’antan : les riffs se succèdent à la vitesse infernale d’une chanson toute les 2 minutes et demies, leurs morceaux sont remplis de préoccupations adolescentes (de filles, de réputation, d’innocence, et de filles aussi…) et leur look… Well, ils sortent tout droit de l’Angleterre des années 60, quand les Mods revêtaient leurs plus beaux costumes sur-mesure  pour aller draguer de la midinette en jouant leurs tubes dans un caveau de 20m2 . La seule différence, c’est qu’eux ne peuvent pas encore légalement le faire avec un Amaretto à la main… Bref, on se surprend très vite à se dandiner sur leur musique sauvageonne et pêchue, un peu réchauffée mais jamais trop niaise. Ne dit-on pas que c’est avec les vieilles casseroles qu’on fait les meilleures sauces ? Non seulement ils l’ont bien compris, mais ils arrivent encore à apporter une fraîcheur inopinée à cette « musique de vieux ». L’atout de la jeunesse, sûrement. Les deux lives ajoutés aux 13 titres de « Snapshot » en sont la preuve : ils maîtrisent parfaitement leurs instruments, font vivre leurs chansons à travers une fougue totalement communicative et balancent des solos à ne plus savoir où donner des oreilles. On n’a pas fini d’écouter ce premier album qu’on attend déjà le suivant !

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À propos de Anouchka Wittwer

Notre seule vraie journaliste, paraît-il!

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