Retour en 2000 - Le calendrier de l'Avant 4 décembre

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La quatrième surprise du calendrier de l’Avent du Cafignon revient 15 ans en arrière, au numéro 92 de février 2000. Le passage au nouveau millénaire vient d'arriver, et le « bogue » informatique tant redouté n’a pas eu lieu. La réaction de Victoria Binz, auteure de l’article, reflète la perplexité mondialement partagée à l’époque. Chaque jour, et jusqu'au 25 décembre, le Cafignon ressort une archive surprise.

Epitaphe pour un bogue

Enfin, le cap est passé : l’an 2000 est là. Mais ne sentez-vous pas comme un vide, une présence familière disparue sans laisser de traces, ou si peu ? Si vous arpentez les couloirs en vous demandant : « Mais où est mon bogue ? », faites-vous une raison, il est parti pour toujours.

Souvenez-vous, c’était le 31 décembre 1999, peu avant minuit. Le souffle coupé, des millions de personnes attendaient. Quoi ? Personne ne le savait. Soudain, le décompte. Cinq… quatre… trois…deux… un… Rien. Ou plutôt, si. Tout va bien : les feux d’artifice illuminent le ciel, la musique résonne dans les rues, les bombes à confettis déversent de la neige multicolore sur la foule. Normal, me direz-vous. Au contraire, rien de plus bizarre ! Quelque chose d’autre aurait dû se passer. Et ces millions de personnes réalisent enfin : le bogue a bogué.

Surprise ? Soulagement ? Déception ? On nous l’avait promis, pourtant. On nous avait tellement parlé de cette petite bête mystérieuse qui se faufilerait dans tout système informatique, aussi simple soit-il, pour le ronger de l’intérieur. Cet « insecte » nous poursuivait partout. Ennemi invisible, il pesait sur nos consciences. On nous avait prévenus, suppliés même, de participer à son extermination. Malgré tout, le risque était toujours présent. On ne regardait plus notre PC du même œil : et s’il mettait sur pied un plan diabolique derrière notre dos ? A force d’en entendre parler, nous avions fini par l’adopter, sans pour autant véritablement l’accepter. Notre curiosité titillée, le suspense devenait de plus en plus grand à mesure qu’approchait l’échéance. On le verrait, enfin on pourrait le voir ! On nous l’avait scientifiquement prouvé, astrologiquement prévu. Et la date fatidique, entrée dans la légende et devenue mythique avant l’heure, approchait à grands pas.

Pour beaucoup, le bogue représentait plus qu’un problème informatique. Il symbolisait l’ouverture vers une ère nouvelle : l’an 2000, et un nouveau départ. Tout pourrait être différent. On effacerait l’ardoise pour tout recommencer. Le bogue incarnait l’espoir d’un avenir meilleur. Et si tout s’effondrait ? On reconstruirait le monde, en mieux… Ce soi-disant ennemi nous accordait une deuxième chance. Mais il n’était pas au rendez-vous. Bien sûr, quelques problèmes sont survenus : un homme de 90 ans convoqué à l’école primaire, une facture datant de 1900, un ordinateur affichant 1980, etc. Mais le « vrai » bogue, le bogue rédempteur, lui, nous a posé un lapin. D’où nous venait cette certitude, ou du moins cette impression, que quelque chose allait changer ? Le bogue a été banalisé, vulgarisé. Par qui ? Les médias, les autorités, les informaticiens. ON lui a mis sur le dos toutes les petites anomalies qui sont survenues en ce début de millénaire. Cette exagération des dimensions du bogue et de son impact nous a fait douter. Même les plus sceptiques pensaient qu’il valait mieux prendre ses précautions. On ne sait jamais, après tout. Parce que le bogue, au départ, ne devait concerner que les systèmes informatiques utilisant les dates pour gérer les données. Mais très vite, l’épidémie se serait répandue dans tout appareil électronique, allant du micro-ondes au toaster. Très sérieux, les présentateurs du TJ nous mettaient en garde contre les « appareil ménagers fous ». Que celui dont le toaster contient un programme intérieur, qui plus est fonctionne selon les dates, se manifeste, svp !

C’est pourquoio le bogue n’a pas bogué pour tout le monde. Cette pauvre bête a été exploitée jusqu’au bout. Quelle grande entreprise n’a pas repéré le doute qui existait dans les esprits et dans l’esprit des gens pour en faire un moyen pour en faire un moyen de publicité efficace ? « Passez le cap de l’an 2000 en toute sécurité avec nous Nous sommes compatibles Y2K (Year 2000) ». Les spécialistes de l’informatiuqe n’ont pas non plus laissé passer une occasion aussi inespérée. En effet, la chasse au bogue paraissait tout à fait justifiée. Les informaticiens étaient devenus les héros qui allaient débarrasser l’humanité de cette « menace phantôme). Aujourd’hui, on peut poursuivre pour tort moral un de ces « sauveurs » qui aurait pris sa mission un peu trop à cœur.

Le bogue est donc parti d’un problème informatique et s’est transformé en véritable phénomène de société.  Et maintenant ? Plus rien, plus personne ? L’après-bogue n’existait pas. Il faisait la Une de tous les journaux, maintenant on n’en parle plus. On continue à vivre sans lui. Il nous reste que le vague souvenir d’une précence, tantôt menaçant, tantôt rassurante. Le bogue a été enterré sans cérémonie. Le phénomène « bogue de l’an 2000) a vécu avant même de naître.

Alors, est-ce que cette victoire, celle de l’homme sur la machine ? Ou est-ce une défaite, créée du rêve face à la réalité ? A vous de juger.

Victoria Binz

 

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À propos de Lena Würgler

La seule autre vraie journaliste.

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