Quand trop à l'eau va la cruche

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Louise aime bien les garçons. En règle générale, ceux-ci le lui rendent bien.

C’est une de ces soirées de vacances. L’air commence à s’adoucir et la chaleur écrasante du zénith a laissé – enfin, se dit-elle – place à une atmosphère de fraîcheur. La plage est quasi déserte. Les baigneuses sont rentrées chez elles. D’abord prendre une douche histoire d’ôter le film de sel sur leur corps bronzé et ensuite, manger, avant de ressortir pour profiter de la soirée en terrasse, à siroter des mojitos.

Ce soir, je fais l’impasse sur la suite des évènements et rentre à la maison, profiter d’un instant de solitude, les yeux perdus dans l’horizon de la mer. Puis me coucher. Les autres sont restées au village pour aller danser dans la boîte du coin, espèce de trou plutôt miteux où tous les jeunes se retrouvent avec l’idée de conclure d’une manière ou d’une autre.

La soirée suit son court. Les premiers rapprochements ont lieu. Les Raphaëlle (elles sont deux à porter le même prénom dans notre groupe) confirment leurs tickets. Louise entame le jeu de la séduction avec un jeune rencontré ici même. Elisa commence à fatiguer et pense probablement avec un peu de nostalgie à sa moitié, partie elle aussi en vacances, mais loin de là.

La nuit se laisse rattraper par le jour. Les deux Raphaëlle acceptent l’invitation de leurs conquêtes et découchent. Louise honore l’engagement de ne pas en laisser une rentrer seule au bercail et raccompagne Elisa, avant de retrouver Ferdinand avec qui cela semble bien parti. Ce dernier l’emmène chez lui – ou plus exactement chez ses parents. En chemin, elle décline les propositions saugrenues du jeune enflammé d’entamer les festivités dans les buissons. Elle est ouverte d’esprit, mais de là à s’écorcher la peau sur des brindilles, il y a un pas qu’elle n’est pas prête à franchir cette fois-ci !

Arrivée. Ferdinand ouvre doucement la porte et prie Louise de se montrer discrète. C’est à dire que les parents dorment dans une pièce à côté. « La suite serait délectable, malheureusement je ne peux pas la dire et c’est regrettable… »[1]. Ellipse donc (pas éclipse, même si la lune a bien dû montrer sa plus belle face). Mention semble toutefois utile des mots doux chuchotés dans son oreille dégagée de sa longue chevelure et des déclarations enflammées – un peu ! - du garçon.

Après une brève sieste (parler de nuit de sommeil serait définitivement omettre la réalité), Louise ouvre les yeux et se dresse sur ses gambettes, direction la salle de bain afin de se rafraîchir le museau. L’amant reste immobile dans son lit – peut-être dort-il encore ? Il ne montre aucun signe d’attention à son égard. Les ablutions d’usage effectuées, elle retourne dans la chambre et croise le jeune inconvenant qui ne la salue pas. Pis encore, il fait tout comme si elle n’existait pas et file à son tour aux cabinets. Elle met cela sur le compte d’une hypothétique mauvaise humeur matinale, ou peut-être une urgence intestinale. C’est que Louise a toujours eu une grande foi en la nature humaine et ne peut se résoudre facilement à conclure en faveur de la bêtise ou de la méchanceté. Tandis qu’elle rassemble ses affaires, Ferdinand continue de s’affairer dans les toilettes. Sur le départ, elle l’appelle une fois, puis deux, et trois, pour le saluer, aucune réponse ne se fait entendre. Et n’allons pas mettre cela sur le compte du mur qui les sépare, il est fait de papier mâché !

Louise accuse le coup quelques instants. Rapidement, elle réunit ses esprits (qui sont ma foi nombreux), et se dirige vers la sortie. En passant dans le couloir, elle perçoit des voix, puis distingue deux personnes attablées, en train de beurrer leurs toasts et d’échanger des banalités. Les parents, qui ne se doutent pas de ce qui s’est tramé sous leur toit cette nuit. Pas même une fraction seconde elle n’hésite.

 

« - Bonjour Madame, Monsieur. »

Les parents tournent des yeux aussi ronds que des melons et leurs bouches ouvertes jusqu’aux genoux en disent long sur leur stupéfaction. Leur serrer la main est impossible, pourtant c’eût été plus poli pense-t-elle.

« - Ne vous en faites pas, je suis sur le départ. Vous voyez, votre fils m’a invitée à passer la nuit avec lui. Il était déjà tard quand nous sommes arrivés. J’espère sincèrement que nous ne vous avons pas dérangés. Surtout que j’ai fait tout mon possible pour faire le moins de bruit possible, mais il est doué votre fiston… ! »

En disant cela, Louise ne peut s’empêcher d’adresser un clin d’œil complice à la mère.Elle continue.

« - En revanche, je dois vous faire part de ma déception. » Elle reprend sa respiration, fait une pause ; il faut que suspense prenne.

« - Je ne veux pas remettre en cause votre éducation… Mais tout de même ! » Sans trop avoir à se forcer – son talent naturel pour la comédie la rattrapant – sa voix s’envole dans les aigus et son ton prend quelques décibels.

 « - N’avez-vous jamais appris à votre fils à se montrer poli et honnête avec les femmes ?   Avec les hommes aussi d’ailleurs ! Que sais-je après tout ?! Je ne le connais pas tant que ça ! Ne lui avez-vous jamais dit qu’il était de rigueur de montrer du respect à l’égard de tout être humain, même si ce que vous aviez pu attendre de ce dernier vous l’auriez déjà obtenu… ? ».

Le père, craignant de comprendre, parvient à refermer sa bouche et s’apprête à en sortir un son, à ce qu’elle devine. Mais elle ne lui en laisse pas le loisir.

« - Oh et puis après tout, ce ne sont pas mes affaires. Je vous souhaite une merveilleuse journée ! » Conclut-elle dans un sourire qui traverse tout son visage. Ses talons tournent sur eux-mêmes et la propulsent vers la porte d’entrée qu’elle emprunte pour sortir au grand jour, la tête haute, pas peu fière de la tournure qu’elle a su donner aux évènements.

 

Louise aime bien les garçons. Mais il faut qu’ils le lui rendent bien.

 

 

[1] Brassens Rpz !

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À propos de Claire Desponds

Etudiante quelconque en droit

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