Orange est mort, vive Salt

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A moins de vivre dans une cabane recluse au fin fond de la Suisse centrale, berceau de nos ancêtres et quasi dépourvue de tout moyen de communication, il est absolument impossible d’être passé à côté du changement opéré par le troisième fournisseur de services de téléphonie mobile en Suisse ; feu Orange, dorénavant Salt. Dans quels buts et à quel prix, c’est ce dont il va être question ici. 

C’est en 1998 qu’Orange fait son entrée en Suisse. Depuis cette année et jusqu’en 2014, l’entreprise suisse a allongé quelques 20 millions – chaque année ! – à l’attention de France Télécom (la boîte qui chapeaute Orange chez les Gaulois) pour se payer les droits d’utilisation de la marque, rien que ça ! Il faut dire que les histoires de marque, à une telle échelle, brassent de belles sommes de biftons. Du coup, pour pouvoir l’employer, les petits suisses ont dû casquer. Les affaires sont les affaires.

Sauf qu’en 2017, l’accord d’utilisation de la marque entre helvètes et français arrivera à terme et c’est dans cette optique que la faction suisse s’est décidée à se lancer dans l’indépendance. Du point de vue de la marque du moins.

Marque déposée avant délais

Dès lors et depuis le 15 septembre 2013, les plus grands cerveaux employés par la firme suisse ont donc fait méchamment chauffer leurs neurones et usé de toute la matière grise dont ils disposaient pour proposer le logo et le nom de la révolution, ainsi qu’une série d’innovations. Plus d’une année plus tard, en décembre 2014, le grand propriétaire de la marque à l’international depuis 2013, Xavier Niel, a donné son accord au projet final. La marque sous toutes ses déclinaisons a pu ainsi être déposée auprès de l’Institut fédéral de la Propriété intellectuelle.

A noter que selon le site swissreg.ch, la demande est encore pendante, rapport au délai d’enregistrement et, respectivement, celui d’opposition laissé aux titulaires de marques similaires déposées antérieurement. Selon le même site, les différentes dénominations relatives à la marque ont été déposées entre le 7 janvier et le 20 avril 2015. En particulier, le dépôt du nouveau logo date du 13 mars. Espérons que les juristes du cabinet Bär & Karrer AG se sont bien assuré qu’aucun titulaire de marque antérieure n’aurait de motif à s’opposer au dépôt. Avouons que ça ferait un peu désordre que la toute fraiche Salt expire dans l’œuf alors que la campagne conquérante est lancée à gros coup marketing.

L’inattendu pari sur… les mobiles !

Pour reprendre ses termes, l’opérateur met l’accent sur la mobilité. Blague à part, l’évidence de la finalité mobile de Salt, dans la mesure où celui-ci fournit des téléphones portables (ainsi que les forfaits pour les utiliser), relève quelque peu du pléonasme… Ensuite, Salt nous promet un service personnalisé, axé sur la simplicité et un réseau mobile d’excellence. Concernant le second engagement, l’ampleur du labeur est titanesque, soyons honnêtes. A ce titre, dans le courant de l’année, ce ne sont pas moins de trois cents nouvelles antennes qui devraient fleurir sur tout le territoire, équivalant à une augmentation de 10% du nombre total de stations de base. Aux grands maux, les grands remèdes ! Sur ce point, on ne se moque pas de nous a priori. Reste plus qu’à voir (ou à entendre, oui allô, j’écoute) !

« Plus plus plus »

Toujours dans l’optique du réseau proprement dit, on nous annonce aussi une augmentation de la 4G en général et la mise en place de la 4G+ dans toutes les grandes villes de Suisse d’ici à fin 2015. Décidément, on n’arrête pas le progrès. En outre, on nous fait miroiter plus de services, en développant la plateforme web, afin de laisser aux consommateurs une plus grande marge de manœuvre dans la gestion de leurs services. Plus de puissance aussi, en proposant des batteries présumées plus longtemps autonomes en collaboration avec l’entreprise FuelRod (et non pas, à mon plus grand regret Ovomaltine avec qui ça va pas mieux, mais plus longtemps comme on le sait bien, allez Didiiiiier !!). Et pour finir, plus de conseils, grâce à une formation renforcée de l’escouade des nombreux collaborateurs de Salt employés dans les magasins de la marque implantés aux quatre coins de la Suisse.

Quatre nouveaux services

Sur un plan davantage axé sur les services, Salt nous présente quatre grandes nouveautés.  Premièrement, le Pass, soit « l’abonnement le plus simple de suisse » offrant une utilisation illimitée des services disponibles sur téléphone mobile, « à l’image de l’abonnement général des CFF ». Il est possible toutefois de s’interroger sur la véritable innovation dans la mesure où avant Salt, Orange et ses concurrents proposaient déjà des abonnements illimités. En fait, la nouveauté réside dans le fait que le consommateur paie une seule fois une somme relativement importante (de 699 CHF à 1699 CHF dépendant la formule et le client), puis est libre de disposer de son appareil téléphonique intelligent à volonté, pour une année.

Prenons l’abonnement annuel le moins cher – 699 CHF – qui se destine aux jeunes de moins de 27 ans et qui comprend « des appels, SMS et Internet illimités en Suisse à un tarif unique, et des appels vers l'Europe et les Etats-Unis ». L’énoncé, tiré du site de l’opérateur, un poil concis, promet une offre intéressante : utilisation des services mobiles (téléphonie et internet) illimitée sur le territoire helvétique et un quota (vraisemblablement pas illimités comme le laisse supposer l ‘emploi du « des ») de coups de fils vers les deux autres continents susmentionnés.

En ramenant le forfait annuel au mois, cela revient à un déboursement de 58 CHF. Si, effectivement, aucun surcoût n’intervient, l’abonnement annuel peut être séduisant, à condition de pouvoir débourser d’un coup une somme relativement élevée. Il ne semble en effet pas possible de fractionner ledit montant dans la mesure où l’offre est possible justement parce qu’elle comprend un paiement unique et direct.

Tout en un

Le Salt Pack permet de regrouper en un seul contrat (et une seule facture) l’utilisation d’un téléphone mobile, d’une tablette, d’un accessoire et d’applications. Le doute plane ici sur la définition que se fait Salt  de l’innovation et l’on est en droit de se demander s’il ne la confond pas avec l’incitation à la consommation. En proposant des factures simples et uniques pour plusieurs appareils, Salt appâte le chaland et lui refile non seulement le dernier mobile en date mais encore, le convainquant de son utilité dans la vie quotidienne, une tablette high tech et, tant qu’on y est, puisque le poisson est ferré, un ou deux accessoires bien nommés. Il faut bien rentabiliser les investissements pour la nouvelle marque après tout. Mais cela relève de la tactique commerciale employée par tout fournisseur de produits qui se respecte. Et ne soyons pas trop mauvaise langue, misons sur l’intelligence des clients capables de savoir ce dont ils ont véritablement besoin. La troisième nouveauté s’intitule le Wifi-Calling. Il s’agit d’utiliser les bornes Wifi comme des antennes mobiles, sans frais supplémentaires. Salt annonce la compatibilité de ce service, somme toute intéressant, avec la plupart des appareils vendus ces douze derniers mois d’ici à cet été.

Garanties sans garanties

Pour terminer, Salt garantit six semaines à ses consommateurs pour soit échanger ou rendre un appareil mobile, soit modifier ou résilier un contrat conclu, sans frais supplémentaires. « Pour votre nouveau mobile et votre nouveau contrat », comme revendiqué sur le site de la marque.  Voilà qui est séduisant. Pourtant, après consultation des détails de la garantie, une distinction douteuse est faite d’une part entre les nouveaux clients et, d’autre part, les clients qui prolongent leur abonnement. Tandis que les nouveaux clients peuvent effectivement résilier le contrat dans les six semaines après conclusion, les clients qui renouvellent leur abonnement ne peuvent, en revanche, que modifier l’abonnement. Dans la mesure où la conclusion d’un nouveau contrat intervient dans les deux situations, qu’il s’agisse d’un premier contrat ou d’un contrat en succédant un autre, m’est avis que la distinction ici opérée semble injustifiée. Quant à la garantie sur l’appareil mobile, les conditions sont identiques pour les deux catégories de clients : le téléphone doit être en parfait état, tout dommage éventuel sera facturé 200 CHF.

Certes, Salt n’est pas le seul opérateur à scander des slogans accrocheurs qui ne mentionnent pas directement toutes les conditions, ses concurrents ne se gênent pas pour en faire de même.  En définitive, quand bien même le renouveau de la marque apporte quelques innovations qui peuvent s’avérer positives, il apparaît que l’opérateur a lancé ici une grosse opération marketing. Laquelle, initiée par des considérations avant tout budgétaires, a de réellement novateur uniquement le nom (et encore, allez savoir pourquoi avoir choisi celui d’un condiment).

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À propos de Claire Desponds

Etudiante quelconque en droit

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