Les pénuries de logements estudiantins - Le calendrier de l'Avant... 7 décembre

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Le 3 juin dernier, Alfen SA, société chargée de gérer 235 chambres destinées aux étudiants neuchâtelois, annonçait sur sa page d’accueil internet : « Avis important. Actuellement, la liste d'attente pour la rentrée 2015 est pleine! Nous ne prenons plus d'inscriptions. ». Une situation sans précédent dans le canton, le point d’orgue d’une pénurie de logements estudiantins à laquelle doit faire face Neuchâtel depuis plusieurs années. Ou plusieurs décennies ? L’archive de ce lundi 7 décembre, datée de janvier 1988, titre en caractères gras : « logement : l’Uni en crise ». Et remet les pendules à l’heure en revenant sur l'attitude des protagonistes, Etat et Université, dont les agissements ont conduit à ce manque de logements… 

Logement: l'Uni en crise

Depuis des années, les étudiants connaissent des difficultés de logement à Neuchâtel. La FEN puis le rectorat (à l’occasion du 150e anniversaire de l’Académie) s’étaient décidés à attaquer ce serpent de mer. Voici que les événements les précèdent.

Nul besoin de vous faire un dessin puisque notre couverture illustre la question et qu’il s’agit là d’un fait notoire : Neuchâtel, à l’instar des autres villes suisses, connaît une pénurie de logements de prix abordables. Ceux, gens ordinaires ou pire, étudiants, qui se sont mis à la recherche d’un tel Graal en témoigneront volontiers. Pourtant, ainsi que le montrent les récentes statistiques, nos villes continuent à se dépeupler et Neuchâtel a encore perdu 102 habitants en 1987.

A cet apparent paradoxe, deux explications. D’une part, les centres urbains sont de plus en plus occupés par des commerces, banques et administrations dont les moyens financiers sont suffisants pour faire face aux prix du terrain et de la construction dans de telles zones. Le nouveau centre de la Direction d’arrondissement des télécommunications que les PTT érigent à côté de la Cité universitaire en est un exemple flagrant et d’actualité. D’autre part, les logements bon marché sont fréquemment rénovés à la faveur du départ, volontaire ou forcé, de leur locataire et transformés en habitats de luxe, de meilleur rapport. Les circonstances qui président à ce genre de transformations sont rarement empreintes de philanthropie, qualité que l’on attribue pas aux requins dont grouille le monde de l’immobilier.

Mais ne nous égarons pas dans ces eaux troubles et venons-en aux étudiants. A la fin des années 60, les étudiants manifestent leur existence de façon plus ou moins turbulente. Leurs problèmes spécifiques apparaissent au grand jour et celui du logement notamment. L’Etat entreprend donc la construction de la Cité universitaire, capable d’abriter 90 âmes et d’alimenter plus de 400 estomacs, ouverte dès fin 1971. La seconde tour du bâtiment, prévue à l’origine, ne sortira cependant jamais de terre car l’Etat décide, en 1986, que la villa Jordan, ancien Institut de philosophie, sur l’emplacement duquel la Cité aurait pu s’étendre, deviendrait le nouveau conservatoire.

Témoin du manque que cet abandon représente, la liste d’attente que tient la Cité pour ses chambres comporte 99 noms.

La fondation du foyer des étudiants

Avant que la Cité ne voie le jour, les étudiants se logeaient dans l’actuel bâtiment de la faculté de théologie, Institut d’histoire jusqu’en 1986, année de l’ouverture de la nouvelle faculté des lettres. Ce bâtiment, sis Faubourg de l’Hôpital 41, appartient depuis 1953 à la Fondation du foyer des étudiants.

En 1971, le canton, alors riche, renonce à réclamer cet immeuble en échange de la Cité universitaire qu’il vient de construire. La Fondation du foyer aurait également pu être fondue avec celle de la Cité qui en aurait alors englouti tous les revenus.  Il faut en effet savoir que le bloc de béton de Clos-Brochet est un imposant gouffre financier pour l’Etat, qui en éponge les déficits à raison d’environ 200 000 francs par an actuellement et 400 000 il y a encore quelques années. (…)

L’année suivante, en 1972, l’Etat participe à raison d’environ 600 000 francs à la rénovation du bâtiment du Faubourg pour y permettre l’installation de l’Institut d’histoire et paye annuellement 20 000 francs de loyer à la Fondation. Le Conseil de fondation, alors présidé par l’ancien secrétaire général (réd.: de l’Université de Neuchâtel), Maurice Vuithier, ne manifeste guère d’activités propres à améliorer les possibilités de logement des étudiants. Il accorde des subsides à divers aménagements de la Cité universitaire qui en a bien besoin. A l’incitation du Centre culturel, représenté au Conseil, la Fondation subventionne par exemple l’installation d’une nouvelle sonorisation dans la grande salle de la Cité. Certaines mauvaises langues insinuent que l’initiateur du projet en serait le principal bénéficiaire, lors des représentations de ses spectacles. Les fêtes universitaires en tirent également profit.

En 1986, le bâtiment du Faubourg est à nouveau rénové pour accueillir la faculté de théologie et la bibliothèque des pasteurs, à l’occasion des grands déménagements causés par l’ouverture de la nouvelle faculté des lettres. Le canton, dont la ceinture s’est serrée de quelques crans depuis 1971, demande cette fois-ci à la fondation du foyer qui, rappelons-le en est propriétaire, de financer les transformations. Devisées à 150 000 francs, elles se monteront à 360 000 francs.

Maurice Vuithier ayant pris sa retraite, le Secrétariat général de l’Université est passé aux mains de Bernard Mayor, qui devient du même coup président du Conseil de la Fondation du foyer des étudiants et semble décidé à mener cette institution tambour battant.

Depuis peu, les événements se précipitent et le dossier du logement, bloqué depuis des années semble en passe d’évoluer rapidement.

L’Etat se dit disposé à discuter d’un rachat par lui de l’immeuble du Faubourg. La Fondation, dans cette éventualité, se trouverait riche de moyens suffisants pour acquérir en ville d’un immeuble qu’elle pourrait destiner au logement des étudiants.

De l’utopie à la réalité

Dès qu’il apparut que les perspectives devenaient favorables, toutes les forces universitaires intéressées, soit le rectorat et la FEN, se rassemblèrent autour de la Fondation.

Peut-être qu’allait enfin disparaître l’absurde situation d’une fondation dite « du foyer des étudiants », propriétaire d’un immeuble loué à l’Etat pour abriter une faculté. Le miracle veut qu’il se trouve, à une distance pédestrement acceptable de l’Université, une maison en assez mauvais état que ses propriétaires paraissent disposés à vendre à la Fondation qui en assurerait la rénovation avant d’y loger par appartements un bon nombre d’étudiants.

Reste à savoir combien l’Etat sera disposé à débourser pour la faculté de théologie. En admettant un prix du terrain d’environ 350 francs par mètre carré et un prix de la construction de 550 francs par mètre cube, l’on obtient une valeur de l’immeuble de 3 millions (estimation du Cafignon n’engageant que lui). Bien que du côté de la Fondation, personne ne laisse échapper le moindre chiffre, il est vraisemblable que les tractations évolueront aux alentours de ce montant. Dès 3 millions, toute dépense du canton est cependant soumise au référendum financier, procédure qu’aucune des parties ne souhaite.

D’une façon générale, l’Etat n’a en la matière guère de raisons de se montrer pingre, l’argent qu’il déboursera n’étant pas destiné à finir dans la poche de spéculateurs, mais à réaliser une œuvre sociale, le logement des étudiants, qu’il aurait de toute façon été de son devoir de mener à bien tôt ou tard. P.B

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À propos de Anouchka Wittwer

Notre seule vraie journaliste, paraît-il!

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