Les mooks au chevet du journalisme traditionnel

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Encore peu connus et feuilletés dans les ménages suisses, ces ovnis journalistiques se sont pourtant peu à peu frayés un chemin à travers une jungle médiatique opaque, non sans batailler.

 

Le pari risqué des mooks, dont l’appellation simpliste provient de la contraction de « books » et « magazines », représente l’une des innovations la plus audacieuse de ce 21ème siècle ancrée dans le combat féroce que se  livrent encore presse papier et Web 2.0. À l’origine, cette modeste ambition : réinventer la manière de livrer l’information aux lecteurs en leur narrant les faits d’actualité à travers le storytelling, cette forme de récit répudiée par de nombreux journalistes car considérée comme trop peu sérieuse pour la profession.  Tout cela sans  vendre son âme à la publicité, bête noire des journaux traditionnels, puisque l’une des caractéristiques des mooks (qui est également l’une de leur plus grande faiblesse) est celle de ne survivre qu’en comptant sur leurs fidèles abonnés. Et ce n’est pas la seule distinction à faire entre mooks et journaux. Inutile d’aller fouiner dans les kiosques, les mooks ont calqué leur modèle de distribution sur celui des livres. C’est dans les librairies qu’ils se cachent ! La particularité des mooks? Offrir une alternative à cette maladie de l’immédiateté qui submerge les médias et uniformise les contenus. Opter pour une mise en valeur des informations et des faits plutôt que de les vomir tels quels à un rythme effroyable sur des lecteurs essoufflés. Proposer une alternative à la médiocrité et à la standardisation rédactionnelle sans approfondissements proposés par nos journaux. Ce modèle utopique, le pionnier XII l’a concrétisé le premier en lançant un numéro d’essai en 2008. Reportages-photos, articles-fleuves, récits d’actualités illustrés ou sous forme de romans, dossiers foisonnants d’informations, la revue XII pointe le bout de ses 200 pages tous les trimestres.

Demandez le programme !

À la suite de XII, de nombreux mooks bâtis sur ce même modèle se sont mis à fleurir, tous se raccrochant à des domaines spécifiques. Étudiant en biologie, tu lis deux pages du Campbell avant d’aller dormir ? Plonge-toi dans Macrocosme ! Nostalgique des vieux trucs poussiéreux et vintages, tu lis un tome des Rubriques-à-Brac avant de tomber dans les bras de Morphée ? Schnock va te combler ! Mais évidemment, sur le marché des mooks comme sur celui des marchands de glace, il faut jouer des coudes pour tenter de s’imposer. Bon nombre d’entre eux ont déjà dû capituler après leur 3ème ou 4ème numéro, faute d’avoir pu attirer un lectorat fidèle assez rapidement. C’est notamment le cas de Hobo, lancé par L’Équipe, entièrement consacré au sport, mais déjà mort. Les prix élevés de ces revues y sont peut-être pour quelque chose : ceux qui ne sont pas prêts à débourser entre 25.- et 35.- en moyenne préféreront plutôt aller s’acheter le dernier Astérix. En plus de cela, pour les aficionados de l’actualité instantanée, le mook reste un parent pauvre du journal acheté tous les matins. Ici, on parle d’actualité différée, de préoccupations sociétales permanentes analysées en profondeur mais exemptes de cette dimension immédiate qui obsède le monde médiatique. Au final, même si ces revues évoluant  entre BD et récits d’actualités ne remplaceront certainement jamais nos journaux traditionnels, ni  ne représenteront de menace sérieuse pour le Web, ils restent un concept littéraire et journalistique novateur agréable à se mettre sous la dent.   

Source image : www.telerama.fr 

 

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À propos de Anouchka Wittwer

Notre seule vraie journaliste, paraît-il!

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