Le Ballooning des araignées

image-Le Ballooning des araignées

Dépourvues d’ailes, les araignées ont déjoué la nature pour trouver un autre moyen de voler : le ballooning. En gros, elles se servent de leurs fils de soie pour se laisser entraîner par le vent. Le biologiste neuchâtelois, Gilles Blandenier, nous détaille le phénomène.

Au début du mois de mai, les hauts-plateaux australiens se font arroser d’une pluie… d’araignées. Les images laissent voir un sol recouvert de toiles et un ciel envahis de centaines de milliers de bêtes à huit pattes. Apeurés, les habitants appellent les scientifiques. On apprend alors que les araignées utilisent leur soie pour voler. Gilles Blandenier, étudiant en biologie à l’Université de Neuchâtel entre 1990 et 1996, connaît bien le phénomène. Il a justement consacré sa thèse, menée à l’Université de Fribourg, à ce que l’on appelle communément le Ballooning des araignées.

Les araignées sont donc capables de voler, même sans être munies d’ailes ?

Oui, grâce à la soie qu’elles peuvent produire. À un moment donné de leur vie, elles vont chercher à s’envoler pour se disperser. Elles montent alors sur un point haut – le plus souvent une herbe ou un poteau de clôture – puis dressent l’abdomen. Là se trouvent les filières avec lesquelles elles produisent un fil de soie qui se voit tiré par les courants d’air chauds venant du sol. Une fois que la portance sur le fil est assez forte, les araignées s’envolent. Ensuite, le vol se révèle entièrement passif ; elles se laissent simplement porter par le vent. Il faut toutefois que des conditions météorologiques particulières soient réunies pour qu’elles y parviennent. Elles ne peuvent décoller que par un temps beau et sec et une brise légère.

C’est donc ce qui s’est passé en Australie ?

Quand les araignées cherchent à s’envoler, elles vont beaucoup se déplacer pour chercher un endroit approprié pour le décollage. Si le nombre d’individus est élevé, un tapis de soie apparaît alors au sol, que nous pouvons également observer parfois chez nous, en forêt. D’autre part, comme le nombre d’araignées qui partent au même moment peut être très important, nous pouvons avoir une impression de « pluie d’araignées ». Toutefois, le phénomène de la dispersion de masse, d’une telle ampleur que celle observée en Australie, reste difficile à expliquer pour les scientifiques.

Quelles sont les hypothèses envisageables ?

Il existe plusieurs raisons possibles. La première peut consister à vouloir quitter un environnement qui ne leur convient pas ou plus. Cela a été le cas par exemple lors des inondations au Pakistan en 2010. Ensuite, la volonté de reproduction peut également jouer un rôle. Il s’agit alors soit de mâles qui cherchent des femelles, soit de femelles qui veulent répandre leurs cocons. A peine nées, de nombreuses araignées cherchent à se disperser pour éviter de rester avec les autres. Comme ce sont des prédateurs, elles risqueraient de s’entretuer. Ainsi, elles colonisent de nouveaux endroits. Ce comportement leur confère un pouvoir colonisateur beaucoup plus important qu’on ne le pense en général.

Quelles sortes d’araignées utilisent ce mode de déplacement ?

Tout d’abord, le phénomène se révèle beaucoup plus fréquent chez les espèces courantes, qui vivent dans les habitats non boisés. Pour celles qui restent dans un milieu restreint, il s’avère trop dangereux de se déplacer. Le risque apparaît plus élevé pour elles de tomber dans un milieu inapproprié. Ensuite, les araignées ne doivent pas être trop lourdes pour pouvoir se laisser porter par le vent. La plupart du temps, seules de petits individus de quelques millimètres utilisent le ballooning. Il existe toutefois une espèce de la savane relativement grande, dont le corps peut atteindre jusqu’à un centimètre et demi.

Jusqu’à quelle distance peuvent-elles parcourir dans les airs ?

Généralement, cela se limite à quelques mètres voire quelques dizaines de mètres. Mais comme toujours en biologie – et dans toutes les autres branches scientifiques d’ailleurs – certaines araignées ont battu des records. Certaines ont en effet survolé des océans et parcouru ainsi plusieurs centaines de kilomètres.

De dangereuses araignées, venues d’Australie par exemple, pourraient-elles atteindre la Suisse alors ?

Nous pouvons rassurer les lecteurs, non ! Les araignées les plus dangereuses appartiennent généralement à de grosses espèces qui ne pratiquent pas le ballooning. Le phénomène concerne plus les petites bêtes de moins d’un centimètre que les grandes mygales. Reste que certaines araignées peuvent arriver sur le sol suisse autrement que par les airs.  On a vu récemment une espère du bassin méditerranéen arriver en Suisse par le transport de marchandise.

author

À propos de Lena Würgler

La seule autre vraie journaliste.

0 commentaire

Laisser un commentaire
Back to Top