Le 100e numéro du Cafignon - Le calendrier de l'Avent... 17 décembre

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Retour en décembre 2002. Le Cafignon fêtait alors son 100ème numéro, et avait pour l'occasion gâté ses lecteurs avec une rétrospective tout en nostalgie: l'équipe d'alors avait invité les tout premiers protagonistes de l'aventure à revenir sur les coulisses du Cafignon d'antan. En ce 17 décembre, nous avons donc choisi de vous partager le texte d'Alain Corbellari (tiens, ne serait-ce pas notre personnage mystère de l'archive du 3 décembre?...), qui revient sur ses années passées à la tête du journal en compagnie d'un certain Pierre Bonhôte...

Quand le Cafignon jouait les potaches

De tous les journaux d’étudiants de Suisse, Le Cafignon n’est sans doute pas celui qui a pris le plus vite les chemins de la modernité typographique. Et si la feuille que vous tenez entre les mains aujourd’hui se présente visiblement comme le fruit d’une technologie d’impression hautement maîtrisée, il n’en allait pas ainsi il y a 15 ans.

Notre seul luxe était une machine à écrire qui justifiait le texte en fin de ligne et attendait bien sagement que la ligne en question soit achevée pour en imprimer le contenu; tout le reste tenait du plus pur artisanat: sitôt sortis de la machine, les textes était photocopiés et découpés, les titres, tapés dans le même corps, était agrandis tant bien que mal; on collait ensuite du mieux qu’on pouvait sur des pages A4 les éléments du puzzle ainsi constitué, en les rehaussant d’illustrations plus ou moins bien tramées et en traçant à la main des filets noirs à peu près droit, et on photocopiait le tout chez le zélé Pellaux, à côté du  «21». Si notre génération était celle de l’informatique, nous avions raté le coche, mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette manière de faire nous plaisait, peut-être parce qu’elle nous donnait l’impression de rester les seuls maîtres de tout ce qui se faisait dans le journal. En fait, nous étions des individualistes.

La période que j’aimerais évoquer ici a duré trois ans, sous les règnes (nous avions restauré la fonction de «rédacteur en chef», que nos prédécesseurs avaient lâchement abandonnée) de Pierre Bonhôte (1986-1988) et du signataire de ces lignes (1988-1989). Un point commun nous rapprochait, P. B. et moi: nous avions tous deux créé dans nos gymnases respectifs (Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds) des journaux satiriques (Le Défi et Le Kangourou des Montagnes), et nous désirions tous deux en perpétuer l’esprit à l’Université. Ce vœu simple, naturel, humain, avouons-le d’emblée, ne plaisait pas à tout le monde, et ne nous nous sentîmes pas trop d’être au moins deux (mais je n’aimerais pas oublier ici Fernando Soria) à nous entendre fermement sur la dominante satirique du journal. En effet, certains esprits chagrins semblant estimer que le passage du gymnase à l’Université correspondait à celui de l’âge bête à l’âge de raison, les critiques ne manquèrent pas qui nous reprochèrent de ne pas être assez attentifs à la ligne de la FEN (c’était toujours des batailles homériques pour finalement insérer dans le journal une page mortellement ennuyeuse dont nous savions bien que personne ne la lirait) et, surtout, d’affaiblir de manière rédhibitoire, par notre ton «constamment moqueur», la portée constructive de nos critiques. C’est qu’on savait encore être idéologique à la fin des années 80! Il suffit pourtant de voir où est aujourd’hui Pierre Bonhôte (je n’ose dire: où il a fini) pour comprendre que la satire peut ne pas être une mauvaise manière d’entrer en politique (quant à moi, ceux qui me verront entrer dans un parti ne sont sans doute pas encore nés, mais cela est une autre question).

Rappelons par ailleurs qu’une fois au moins, le Cafignon sut se distinguer en dévoilant le premier un scandale qui fit la une de l’actualité: on trouvera en effet en page 7 du n° 41, de juin 1988, l’article dénonçant les tests sida que la Neuchâteloise avait alors décidé de faire subir à ses employés pour les trier: la presse romande en fit ses choux gras tout l’été! Notre rôle avait par contre été plus ambigu dans le cas des allusions à Jean Cavadini, dont nous avions fait notre tête de Turc: j’étais allé jusqu’à publier une pleine pages de «Cava-» à la manière des «Chats» de Siné (Cava-l’heure; Cava-charbon; Cava-sacki, etc.; il y avait même un Cava-t’faire foutre, mais le Cava- Sutra avait été censuré), suite à quoi nous lui avions envoyé une facture de 800 francs pour frais de publicité: royal, le Conseiller d’État nous avait gratifié de... 50 francs. Et le comble est qu’il avait été réélu trois mois plus tard, ce que l’on ne se fit pas faute de nous reprocher!

Et que dire de notre grand reportage de politique-fiction sur la prise de la Neuveville par les troupes neuchâteloises en 60 après J. C. (Jean Cavadini, évidemment)? Ce délire partait d’une revendication très sérieuse: en ces heureux temps, les étudiants neuchâtelois ne payaient que 110 francs de taxes universitaires, mais les autres Confédérés devaient débourser 600 francs de plus, et la situation géographique de La Neuveville nous paraissait à l’origine d’un scandale auquel il fallait remédier. Certes, la situation actuelle a aplani ces inégalités, mais le ciel nous est témoin que ce n’est pas dans le sens que nous souhaitions alors.

Pour parler des problèmes de logement à la Cité universitaire, nous avions lancé un grand roman- photo nous présentant Abdul Humid (Fernando Soria, plus vrai que nature), «2713e héritier du roi Fahd - ce qui le rend un peu amer» en visite à Neuchâtel: le contexte politique actuel rendrait difficile un remake de la série!

Bien sûr, je ne chercherai pas à jouer les nostalgiques, et je résisterai même à affirmer que l’Uni de Neuchâtel était plus drôle à l’époque (quoique peut-être plus détendue: les enjeux socioéconomiques étaient un peu moins prégnants), même si nous avons bénéficié d’appréciables complicités: ainsi le gérant de la Cité Universitaire nous payait grassement (eh oui, c’est à cette époque que l’on a commencé d’introduire la gangrène publicitaire dans le Cafignon) pour que nous publiions les scènes de bouffe les plus immondes de la BD en guise de pub pour son établissement, et nous avions trouvé en la personne de Bernard May or, éphémère secrétaire général de l’Uni, un interlocuteur à la mesure de notre potacherie. «Vous sentez, aimait-il à dire lorsqu’une discussion se prolongeait...: cette odeur de coup de pied au cul qui traîne?».

Saboter les précautions prises par le bibliothécaire-chef de la nouvelle Faculté des lettres en préconisant des trucs pour frauder ce système de toute façon inefficace, avertir le recteur du danger d’avoir son bureau face à une cabine téléphonique où pouvait s’embusquer un tireur, détourner de très sérieuses photos d’interview pour faire dire au même recteur (resté célèbre pour son amour du foie gras) qu’il n’avait pas la langue chargée ou parodier le néfastement grotesque «Journal des enfants» de L’Express: tout cela était sans doute idéologiquement des actes mineurs, mais la preuve reste à administrer que ce moyen est moins efficace que les grands discours pour provoquer des réactions salutaires. Comme disaient les Anciens, «humor omnia vincit» !

***

A la suite du texte d'Alain Corbellari, Pierre Bonhôte s'était également prêté à l'exercice en écrivant les quelques lignes ci-dessous: 

L’Université permet d’atteindre un haut niveau de formation dans les disciplines qu’elle enseigne. Elle donne aussi l’occasion - avantage rarement mis en valeur - d’acquérir des compétences dans des domaines certes annexes mais néanmoins très utiles à la vie sociale et à l’activité professionnelle. Présider une séance, organiser un événement, gérer un budget, négocier un accord: autant de capacités qui ne s’enseignent pas dans les auditoires mais peuvent s’acquérir dans le cadre des associations d’étudiants, de la FEN, du Cafignon, de la Fête de l’Uni. Je dois même reconnaître que «là où j’ai fini» comme le dit le toujours irrespectueux Alain Corbellari, les travaux pratiques exécutés à la tête de ces diverses institutions me servent au moins autant que mon doctorat en chimie... Pour ce qui concerne plus particulièrement l’aventure merveilleuse et cocasse du Cafignon d’il y a quinze ans, je ne saurais mieux dire qu’A. C., dont je certifie l’exactitude et la complétude des propos. «Bienheureux celui qui n’a rien à dire et néanmoins se tait» affirme l’adage. Je n’ajouterai donc rien. Bon anniversaire au Cafignon et bonnes salutations.

Pierre Bonhôte, conseiller communal, directeur de l’Urbanisme, des Forêts et Domaines et du Tourisme et des Transports de la ville de Neuchâtel.

 

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À propos de Anouchka Wittwer

Notre seule vraie journaliste, paraît-il!

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