La tchattitude, cette curiosité des années 2000 - Le calendrier de l'Avent... 13 décembre

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Petit test: MSN, Caramail, Wanadoo... Ça y est, vous avez des souvenirs plein l'esprit et le coeur tout nostalgique? Alors vous faisiez certainement partie de ceux qui écumaient les "tchats" des années 2000, seul pour faire des rencontres, ou entre amis pour se poiler un bon coup. Une époque bien révolue, puisqu'aujourd'hui la version originelle de ces "chatroom" s'est fait sacrifier sur l'autel de la communication mobile et de ses applications destinées uniquement aux rencontres, entre autres. Replongeons-nous donc en plein boom de cette forme d'interaction: en 2002, le Cafignon s'est lancé à la recherche des utilisateurs friands de conversations sur tchatche.com pour leur poser cette question: "pourquoi tchatches-tu sur le chat?"

 

Tchatches-tu sur le tchat ?

Phénomène contemporain répandu dans toutes les couches sociales, la conversation sur le Net a la cote en ce début de millénaire. Pourquoi les chat lines connaissent-elles autant de succès ?

J'entre dans tchatche.com, un chat francophone. J'indique un pseudo, Pinocchio, l'age, 24 ans, le pays, Suisse, et une brève présentation, étudiant. Il y a 167 personnes connectées en Suisse en ce moment et je leur demande : « Pourquoi tchatches-tu sur le chat ? » Je reçois de multiples réponses.

La quête du rapport : amitié, amour, sexe

Livingston, homme de Neuchâtel, affirme que « ça dépend des gens ; on cherche à discuter pour trouver des amis ou bien des rencontres furtives. J'ai même rencontré ma femme ici. On a fait longuement connaissance avant ici sur le net el après sur le mail. Le moment de la rencontre est excitant et étrange. » Le Grand Méchant Loup répond que « personnellement je cherche l'âme sœur. » Coucou, femme de 41 ans, m'écrit : « je voulais juste voir si on peut trouver un ami. J'ai fait la connaissance d'un homme avec lequel je dialogue par e-mail depuis deux semaines. » Selon Monterosa, Lausannois de 44 ans, « il n'y a pas grand-chose à en tirer, de ces chats. Mais je me suis quand même fait quelques amies. Je travaille avec plein de mecs, et comme je suis seul dans la vie, la gent féminine, côté discussion, me plaît plus. Deux fois j'ai rencontré des filles, mais sans lendemain, une bien et l'autre bof. Celle bien a dû faire bof en me voyant, comme je l'ai fait avec l'autre... Il y a beaucoup de Neuchâteloises sur le site ; maintenant, je dial avec une neuch, on parle montagne, chien, chat, etc. Ça fait une heure que cela dure, c'est la seconde fois que je lui écris. Comme je suis un peu timide et pas un poil dragueur, le chat m'aide à m’exprimer.»

Petite Plume, 50 ans d'Echallens, affirme chercher « de l'intelligence et des personnes qui sachent de quoi elles parlent. Ce n'est pas toujours facile, il faut savoir trier, je lis entre les lignes. Les rencontres physiques ne m'intéressent pas. » Inconnue, 44 ans, cherche à travers le chat à « élargir mon cercle de connaissances en toute amitié. Si les personnes me paraissent intéressantes, sincères et sympas, de temps en temps j'organise des rencontres. » Tamagushi, un homme de la région de la Broye, discute via le Net parce que « je suis seul et je vis seul depuis mon divorce. Je tchat parce que nous avons tous besoin de présence et d'écoute, et parfois, d'écouter les gens. Nous ne sommes pas des machines, et nous sommes tous remplis de sentiments. » Tous ces intervenants soulignent la fonction sociale du chat, qui paraît répondre à un besoin de relations humaines, amicales, amoureuses ou encore simplement sexuelles. Cool222 par exemple affirme tchatcher sur le site « puisque je veux baiser avec un mec ou une femme. »

La lutte contre l’ennui : passer le temps

D'autres tchatcheurs affirment être on line pour passer le temps. Scoubidoo, 25 ans de Lausanne. dit : « quand j'en ai marre de la TV, je viens discuter sur le chat et on drague un peu par la même occasion. On n'est pas face à la personne et on est donc moins timide. En tout cas, je ne cherche pas l’âme soeur sur le net. Quand j'aurai une copine, je ne chatterai plus, je passerai mon temps autrement. »

Butterfly, une femme de 41 ans, affirme que « j'aime bien dialoguer, mais il y en a qui cherchent l'âme sœur, ou simplement tromper leur femme ou leur mari, y'a aussi des dials érotiques virtuels, de tout quoi ! Je souffre d'insomnies à cause de médicaments, alors, heureusement qu'il y a le chat, ça passe le temps ! Avant que ça n'existe, je faisais des mots croisés. » Sven, 29 ans, répond que « je bosse et en même temps je tchat. Je parle de tout, de la vie. Je suis marié donc c'est juste pour passer le temps et voir le nombre de gens vraiment limite sur ce site, c'est tous des François Pignon. »

La recherche d’émotions : passion et imaginaire

Duky, 23 ans, d'Yverdon, est un habitué des chats depuis 4 ans. À propos de la tchatche sur le Net, il dit qu' « on ne se pose pas la question, on le fait et c'est tout. C'est une passion, on ne peut pas l'expliquer ; ça se vit et il faut la vivre pour comprendre. C'est un nouveau mode de communication. c'est plus facile de s'exprimer, il n'y a pas le regard qui fait bloquer le système et aucun dévisagement. »

Pour Sissi, 20 ans de Genève, « le chat me permet de faire voyager mon esprit, de m'imaginer impératrice, belle et courtisée, les mecs marchent bien dans le jeu, c'est émouvant. » Aussi, le chat est un lieu d'expression de passions qui permet de rêver en se créant de toutes pièces un personnage fait sur mesure qui ressemble à une sorte d'auto-clonage virtuel.

L’expression virtuelle : remède ou pathologie

Le chat, en permettant de rapprocher des personnes confinées dans leurs logements ou leurs bureaux respectifs, répond à une importante demande sociale, ce qui explique son succès. D'une part, nous pouvons donc le concevoir comme un remède au phénomène de désaffiliation présent dans nos villes et nos campagnes. D'autre part, l'usage des chats peut parfois prendre des formes pathologiques. C'est le cas de Katy, 35 ans de Romont : « Une fois entrée dans un chat, je n'arrive plus à en sortir. Je passe des heures à l’ordinateur, je n'ai plus envie de manger ni de dormir ; j’ai suivi une cure, mais ça n'a pas marché: c'est plus fort que moi. » Complément de sociabilité attitré, le chat n'est cependant pas en mesure de satisfaire l'ensemble des pulsions que les sens nous transmettent. Gare donc à la dépendance.

Raffaele Poli

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À propos de Anouchka Wittwer

Notre seule vraie journaliste, paraît-il!

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