La presse sous stress - Le calendrier de l'Avent... 21 décembre

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C’était en 2004. Google n’existait que depuis 6 ans, et les deux géants bleus Facebook et Twitter ne seront accessibles au grand public que deux ans plus tard. Alors que l’informatique avait de beau jour devant elle, le modèle économique de la presse était, déjà, en train de battre de l’aile. C’est dans ce contexte que le Cafignon a l’honneur, le 28 octobre 2004, d’interviewer Alain Gresh, alors rédacteur en chef du Monde diplomatique, venu à l’Université de Neuchâtel pour y donner une conférence.

Alain gresh: "La presse est en crise!"

Le jeudi 28 octobre, Alain Gresh, rédacteur en chef du Monde diplomatique, était à l'Université de Neuchâtel pour donner une conférence sur le thème de l'Islam à l'aula des Jeunes-Rives. Le Cafignon, co-organisateur de la soirée, en a profité pour poser quelques questions à cette figure du monde médiatique français.

«Le fait que des groupes d'armement comme Dassault et Lagardère mettent la main sur de nombreux titres est loin d’être réjouissant»

 

Le Caf' : Quel regard posez-vous sur le paysage médiatique français actuel ?

Alain Gresh : En France, la presse écrite est en crise. Premièrement d'un point de vue financier. Il ne reste à l'heure actuelle que très peu de journaux nationaux comme Le Monde ou encore Le Figaro. De plus, le fait que des groupes d'armement comme Dassault ou Lagardère mettent la main sur de nombreux titres est loin d'être réjouissant![1]. Je pense que le point le plus inquiétant est surtout la baisse du lectorat. Avec l’avènement de la radiotélévision et d'Internet d'une part et de la montée en force de la presse gratuite d'autre part, l'information tend de plus en plus vers la gratuité. La presse écrite, de manière générale, ne trouve plus sa vraie place dans cette nouvelle donne. Au niveau du contenu, les articles sont toujours plus courts et superficiels. On se dirige de plus en plus vers le consensus. Pour ne citer que des sujets liés à l'Europe ou encore au développement économique et social.

Le Caf' : Quelle est la place du Monde diplomatique dans ces circonstances de crise ?

A.G : Le Monde diplomatique est un journal de contre-information. Nous essayons de présenter des thèmes peu ou pas traités. Nous optons pour une hiérarchie de l'information qui varie de ce que l'on peut observer dans les grands médias. Si vous zappez de TFI à France 2 lors du journal télévisé, vous risquez fortement de tomber sur les mêmes sujets traités exactement dans le même ordre. Cela dit, du point de vue des finances, le Diplo n'échappe pas à la crise, les ventes sont en baisse.

Le Caf : En tant que représentant d'une presse de « contre-information », quelle voie envisagez-vous pour vous détourner de ce consensus ?

A.G. : Ce consensus, au niveau du traitement de l'information, est dû en grande partie à l'homogénéisation de la couche sociale que forment les Journalistes. Avant, le métier de journaliste s'acquérait en plus de sa formation. A l'heure actuelle, les journalistes sont de plus en plus souvent issus d'écoles spécifiques ou de centres de formation et ont tous suivi le même apprentissage. C'est d'ailleurs le même phénomène que l'on peut observer au niveau politique. Il devient donc de plus en plus difficile pour les médias et les décideurs de voir la société comme elle est réellement. Cinquante pour cent de la population en France est composé d'ouvriers et d'employés et personne ne leur parle.

Le Caf : Peut-on envisager l'arrivée de médias plus libres grâce à l'apparition de nouvelles formes de communication comme par exemple Internet ?

A.G. : Le problème le plus important avec Internet réside dans l'abondance de ses sites et surtout dans la fiabilité de l'information. On se retrouve finalement en face des mêmes problèmes qu'avec la presse écrite. Cela dit, pour conserver une presse libre, il ne faut pas oublier le rôle primordial du lectorat. Pour qu'un journal reste indépendant, surtout de la pression de ses annonceurs, il faut qu'il soit lu ! De plus, la participation des lecteurs doit être active. Les gens doivent se sentir concernés et s'exprimer par l'intermédiaire des courriers des lecteurs par exemple.

Le Caf : Aux Etats-Unis, on ne peut que constater la pression hégémonique de certains groupes économiques sur les médias. L'influence de la presse fut-elle déterminante dans les prises de position des américains concernant la guerre en Irak ?

A.G. : Il faut premièrement signaler que l'opposition des citoyens américains à la guerre était beaucoup plus forte que celle exprimée il y a dix ans. La plupart des médias, cependant, étaient pour. C'est dans ces circonstances qu'Internet a joué un rôle majeur de contre-information. On a pu observer une sorte de fracture avec une montée de la droite dans les médias, alors que les voix de la gauche avaient plutôt tendance à s'exprimer dans les universités. Ainsi la presse de gauche a souvent été taxée d'élitisme. En définitive, les médias américains ont certainement joué un rôle majeur dans l'image sympathique et proche du peuple que peut avoir G.W.Bush pour beaucoup de citoyens américains.

Le Caf : Lisez-vous la presse helvétique ?

A.G : Je ne connais que très peu Ies journaux suisses. Tout ce que je peux vous dire, c'est que lorsqu'un journaliste belge ou suisse vient m'interviewer au sujet de l'un de mes livres, à la différence de beaucoup de journalistes français, ils ont pris la peine de le lire.

Propos recueillis par Patrick Naef

 

[1] Le Groupe Dassault contrôle Le Figaro ainsi que de nombreux journaux régionaux. De pan l'intermédiaire de la firme Se.pesse il Se place comme k premier groupe de preste en France. Le groupe Lastex a le puni« éditeur de France (Hachent, Fayard. Gasset...) ail domine le monde des magazines (Pans Malek rdé /Jours. ne...)

 

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À propos de Anouchka Wittwer

Notre seule vraie journaliste, paraît-il!

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