La politique au féminin

image-La politique au féminin

Mercredi passé, les Jeunes Verts neuchâtelois ont organisé un débat exclusivement réservé à des femmes, sous-représentées dans la politique suisse. L’occasion pour huit candidates aux élections fédérales du 18 octobre prochain de s’exprimer sur l’écologie ou le devoir civique.

Devant un public épars venu au Musée d’histoire naturelle de Neuchâtel pour assister à l’événement, toutes les participantes ont souligné leur plaisir à participer pour une fois à un débat entièrement féminin. Seule Florence Nater a avoué espérer qu’il n’y en aura plus besoin « pour sensibiliser les gens à la question de la représentation des femmes ». La candidate du parti socialiste a même admis son scepticisme en recevant l’invitation. C’est en découvrant dans la presse que, dans le canton de Neuchâtel, seuls 13 candidats au national sur 54 étaient des femmes qu’elle a réalisé à quel point la cause n’était pas encore gagnée. D’autant plus que, si les partis de gauche respectent la parité, ceux de droite ne comptent que trois femmes sur 32 candidats, soit moins de 10%. Au Conseil des Etats, les quatre candidates féminines – sur dix-huit au total – sont toutes issues de la gauche, hormis Marie-Jesus Wroblevski, qui se présente au nom du vote blanc et n’appartient donc à aucune des deux ailes politiques. D’où l’impossibilité, pour les jeunes Verts, de respecter l’égalité gauche-droite durant le débat, malgré la présence de la totalité des candidates de droite.

TENSION SUR LES TAXES

Pour la première discussion, consacrée à la fiscalité écologique, les quatre intervenantes se sont montrées d’accord sur le fait que le système économique actuel ne valorisait pas l’écologie, mais pas sur les moyens à mettre en place pour l’adapter. Le débat s’est notamment tendu lorsqu’il a été question de l’instauration de taxes pour inciter les consommateurs et les entreprises à diminuer leur consommation d’énergie. Dans son ensemble, la gauche s’est dite favorable à un tel système « parce qu’il induit un retour sur investissement pour la population », a justifié Martine Docourt-Ducommun, évoquant l’exemple de la taxe CO2, redistribuée par le biais des caisses maladie. Nicole Baur a elle aussi défendu le système du pollueur-payeur : « plus on pollue, plus on provoque des dommages à l’environnement. Ces dommages ont un coût, qu’il faut payer ». Même son de cloche du côté des Vert’Libéraux. Pour Mireille Tissot-Daguette, « le système des subventions s’est essoufflé. Il doit donc être remplacé par un système incitatif pour faire bouger les choses ». Face au discours plutôt écologique de sa compatriote de droite, Sonia Barbosa semblait seule contre tous, y compris le public, à s’opposer à toute taxation. « Au PLR, le mot taxe fait tout de suite fuir », a admis en souriant la jeune politicienne. « Il y a des taxes partout. Il faudrait d’abord améliorer le système actuel de subventions, extrêmement lourd et démocratique, avant de passer dans un système de taxe ».

TRAJETS PLUS LONGS POUR DÉDUCTIONS PLUS GRANDES

Le débat s’est ensuite concentré sur les trajets de plus en plus longs effectués chaque jour par des pendulaires toujours plus nombreux pour se rendre sur leur lieu de travail. Nicole Baur a estimé qu’il faudrait plafonner les déductions d’impôts. « La fiscalité est un outil pour diminuer les trajets, alors que, pour le moment, elle les favorise », juge la candidate des Verts. Mireille Tissot-Daguette, des Vert’Libéraux, a abondé dans son sens, affirmant que « les déductions proposées dans le canton de Neuchâtel sont si importantes qu’il devient presque rentable de vivre loin. D’autres cantons, comme Zürich, les ont limitées. On pourrait s’en inspirer ». A nouveau seule face aux autres, Sonia Barbosa a rappelé qu’il ne faut pas voir dans la fiscalité le seul argument pour lequel les gens décident de s’installer loin de leur lieu de travail. Pour elle, d’autres facteurs peuvent l’expliquer, comme l’attachement à son lieu d’origine, l’adaptation à sa vie de couple ou de famille. A ses yeux, le meilleur moyen de diminuer la pendularité passe, avant tout, par la lutte contre la pénurie de logement dans les villes.  

AU VOTE, CITOYENS !

Le deuxième débat s’interrogeait sur le devoir civique et, plus précisément, sur les solutions envisagées par chacune des intervenantes pour augmenter le taux de participation aux votations populaires, en baisse constante. Aucune des candidates ne s’est dite favorable à l’instauration du vote obligatoire. Seule Sarah Blum, du POP, a émis l’idée de rendre le premier vote obligatoire, juste après l’obtention de la majorité. L’idée lui est venue lorsqu’elle s’est rendue compte que « beaucoup de jeunes ne savaient pas comment voter, d’un point de vue pratique ». Et l’enseignante de raconter qu’elle a parfois même dû expliquer à des élèves comment ouvrir l’enveloppe de vote. Pour la Verte Céline Vara, la volonté de voter passe par l’éducation et l’apprentissage. « Si on vous a informés, intéressés et formés à voter, vous serez sensibilisés et vous aurez envie de participer ». Pour la Socialiste Florence Nater, il faut réussir à expliquer au public « que toute notre vie repose sur des politiques publiques, de notre lait du matin, aux routes que nous utilisons en passant par l’école et le travail ».

TOUTES POUR EASYVOTE

Marlène Lanthemann, l’enseignante qui « prouve qu’on peut être prof et de droite », a, quant à elle, jugé qu’«il y a trop d’initiatives, trop de sujets à voter ». Et de rappeler que, « lorsque le système d’initiative a été mis en place, la Suisse comptait trois millions d’habitants. Aujourd’hui, il faudrait revoir le nombre de signatures exigées ». Sur ce dernier point, la PLR ne sera suivie par aucune candidate. A l’instar des autres intervenantes de gauche, Florence Nater a au contraire affirmé sa volonté de « garder nos outils démocratiques tels qu’ils existent ». En revanche, toutes les politiciennes présentes, de gauche comme de droite, ont reconnu la difficulté rencontrée par la population pour comprendre certains sujets de votation. Comme solution à ce problème, elles ont à plusieurs reprises cité la brochure d’information Easyvote, destinée à informer les jeunes de 18 à 25 ans de manière simplifiée sur les sujets de votation. Elles ont même envisagé qu'il serait peut-être approprié de délivrer cette brochure non seulement aux jeunes, mais aussi à l’ensemble de la population.

author

À propos de Lena Würgler

La seule autre vraie journaliste.

0 commentaire

Laisser un commentaire
Back to Top