La permaculture : logique, vivant et gratuit !

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Depuis quelques temps, la permaculture est devenue une mode pour les jardiniers amateurs, les designers, les architectes, les paysagistes, etc. Mais qu'est-ce qui se cache derrière ce mot magique?

Le mot "permaculture" va pour "culture de la permanence" ou "agriculture permanente". C'est en fait une méthode de conception (on parle de design) d'écosystème autonome, stable et résilient, visant à produire de la nourriture. J'insiste sur ces adjectifs, car un jardin classique est tout sauf un système stable: il faut semer chaque année, arroser régulièrement, protéger les cultures, etc… C'est beaucoup de travail!

Loin des monocultures de pommes, de maïs, de thuya ou de gazon, la permaculture vise avant tout une diversité maximale. Le modèle, c'est la nature qu'on prend soin d'observer et d'imiter. L'avantage est qu'on peut appliquer ces principes n'importe où: sur son balcon, dans une cour de copropriété, dans son verger, dans les espaces verts d'une ville ou à très large échelle comme l'a fait John Liu sur le plateau du Loess (regardez la vidéo sur Youtube, ça vaut le détour).

Rentrons dans le vif du sujet avec quelques techniques et méthodes: 

Le rêve du jardin-forêt

Le Food Forest (ou jardin-forêt), c'est mon rêve ! Imaginez: un verger, des arbres fruitiers, pommiers, poiriers, cerisiers, pruniers, noyers, etc. Au pied, il y a des arbustes (groseille, cassis, framboise, rhubarbe), puis une couverture de sol avec des légumes vivaces, des herbes aromatiques, des fleurs comestibles (soucis, capucine, bourrache), des fraises, de la menthe… Et ce n'est pas fini: des lianes courent dans les branches des arbres: haricots grimpants, vigne, kiwi, courges… De cette manière, toute l'énergie solaire, gratuite et illimitée, qui tombe sur chaque centimètre carré de votre terrain, est transformée en biomasse grâce à la photosynthèse. Enfin, dans les haies, on trouvera plusieurs essences d'arbres comestibles, telles que des noisetiers, du sureau, des baies de Goji, du cornouiller mâle, de la physallis, de l’églantier, du chèvrefeuille. (Voir l'exemple des Fraternités Ouvrières en Belgique).

Couvrir le sol

Dans un jardin, la terre ne devrait en principe jamais être à nu. Avez-vous déjà vu un sol nu dans la nature? Eh non, car cela n'existe que dans les déserts. Un sol vivant a toujours un tapis (végétation, feuille mortes) qui protège le sol du soleil et des intempéries (lessivage). En permaculture, on prend soin du sol qui nous nourrit et on le considère comme un système vivant. Paillage, résidus de tonte ou BRF (Bois Raméal Fragmenté), sans oublier un semis d'engrais vert en hiver (légumineuses), évitent le lessivage des nutriments et tout le travail de désherbage.

Partage équitable

Toutes ces techniques permettent de produire une grande quantité de nourriture. Le partage des surplus est un des principes de la permaculture, y compris avec la faune, sauvage ou domestique, qui rend des services incroyables. Les oiseaux régulent les populations d'insectes, les guêpes pondent dans les chenilles envahissantes, l'incroyable faune du sol produit un terreau fertile, les poules amendent le sol et mangent les larves de limaces, les insectes pollinisateurs, et j'en passe. Tout ce petit monde ne forme rien d'autre que des ouvriers, avec qui il semble normal de partager 5 ou 10% de sa production. En plus, ils travaillent au black, pas besoin de les déclarer !!

Le design : la clé de la perma

On ne part pas à l'improviste en plantant n'importe quoi n'importe où. Il est primordial de passer un maximum de temps à observer, analyser, réfléchir, trouver des idées, en discuter à plusieurs, avant de se lancer. On entend souvent dire "10 heures de réflexion pour 1h de travail physique". Ainsi, avec un vrai design écologique et holistique, on économise ses forces et on évite les mauvaises surprises. La nature prend son temps pour arriver à un système stable, ne soyez donc pas pressés. «On ne commande à la nature qu’en lui obéissant.» (F. Bacon)

Intégrer plutôt que séparer

Dans un design, chaque fonction est assurée par plusieurs éléments et chacun d’entre eux remplit au moins trois fonctions. Par exemple, la poule produit des oeufs, nettoie le sol et le fertilise avec ses fientes. Un pommier produit des fruits, sert de tuteur pour des haricots grimpants, de support pour un hamac, fournit de l'ombre en été et une litière au sol en l'automne. A l'inverse, la fonction de retenir l'eau sur un terrain peut être couverte par plusieurs éléments: étangs, cuves, sol meuble avec une bonne rétention hydrique, ombre des arbres qui évite l'évaporation, terrassement, etc.

Viser l'autonomie alimentaire

Biologiquement parlant, nous ne sommes que des animaux et notre premier besoin vital est de manger. Or, les grands circuits de distribution nous vendent de la cochonnerie, bien assez chère pour ce que c'est. Le permaculteur se pose toujours la question: "qu'est ce que je peux faire?" Très souvent pour trouver une solution qui fonctionne, la réponse consiste à se débrouiller avec ce qui existe et non contre. Pourquoi planter une haie de thuyas autour de chez soi qui n’apporte rien au niveau de la biodiversité si l’on peut y produire de la nourriture? Pourquoi une ville plante des cerisiers à fleur en bas de chez moi alors qu'un cerisier classique fait non seulement des fleurs, mais aussi des fruits délicieux ? Pourquoi avoir des plantes tropicales, toutes toxiques, dans son appartement ou des géraniums sur son balcon alors qu'on peut cultiver des fleurs que l'on peut manger ou boire en tisane (soucis, thym, ciboulette, persil, romarin, bleuet, lavande, sauge, échinacée, camomille, passiflore).

Rien de nouveau

Au final, la permaculture n'a rien inventé, car le modèle des permaculteurs existe depuis très longtemps : c'est la nature. Mais cette technique, cette philosophie de vie, invite à comprendre les lois de la nature, à comprendre le potentiel et les lacunes de son terrain pour trouver des solutions adaptées.

Aujourd'hui, il est clair que le système agricole actuel ne peut plus continuer sur sa lancée: basé sur la chimie et le travail mécanique, il est extrêmement énergivore, dépendant en engrais et pesticides et il appauvrit in fine les sols qui deviennent affaiblis, instables et sensibles aux maladies. Quant à l'agriculteur, il est passé du petit paysan avec son savoir-faire à un exploitant qui, comme son nom l'indique, est là pour exploiter une ressource au maximum en étant totalement déconnecté des rythmes naturels, des cycles de l'azote, du carbone, de l'eau, de la fragilité de la nature, du respect du vivant et des interactions entre les éléments.

Il faudra beaucoup de temps pour désapprendre les techniques actuelles et maitriser le concept de permaculture. Mais je suis un optimiste et je suis convaincu que chacun, à son échelle, a la responsabilité et la possibilité d'apporter sa pierre à l'édifice. C'est à mon avis un travail nécessaire. Comme le dit Bill Mollison, "bien que les problèmes du monde soient d'une complexité croissante, les solutions restent d'une simplicité déconcertante." Je suis aussi d'avis qu'on peut résoudre tous les problèmes du monde dans un jardin: la sécurité alimentaire, la santé, la pollution, la biodiversité, avec en prime le plaisir et la satisfaction de cultiver des plantes soi-même.

Plus d'informations sur le blog "Et ça marche!"

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À propos de David Vieille

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