La musique classique dégommée - Le calendrier de l'Avent... 23 décembre

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La musique n’adoucit pas les mœurs de tout le monde… En tout cas la musique classique. La preuve avec cette archive datée de 1985, signée de la main de Serge Friedli. A l’occasion d’une série de concerts organisés par la Société de musique, ce rédacteur s’est fendu d’une critique peu flatteuse et franchement subjective sur certains compositeurs à l’affiche, et sur la musique classique en général… Critique qui a suscité un commentaire amer de Philippe Chopard, alors étudiant de l’Unine, publié dans le numéro suivant du Cafignon. 

Tout le monde sait que la musique classique est une musique de morts, de morts et enterrés séculaires si possible. Alors que nous vivons au XXe siècle, que diable! Bien sûr, il y a des monuments culturels qu'il vaut toujours la peine d'écouter, dit-on. N'empêche, un art reflète toujours de quelque manière son époque. Et la musique classique classique me semble si futile, si légère qu'elle ne signifie plus rien. Elle est si monotone, si statique, si ennuyeuse, face aux brèches, aux circonvolutions, au dynamisme de la musique classique moderne et contemporaine. La société de musique de Neuchétel parait me suivre en partie, à voir son programme. Bien sûr, on est allé gratter du côté des vieux schnoques, et iI s'agira de se les farcir. Enfin, on peut toujours essayer d'aller écouter, il n'y a pas que ça. Car en un élan de témérité et d'audace dignes d'éloge, on est allé pécher un certain nombre de compositeurs de ce siècle (du début, faut quââ méém pas pousser trop loin). C'est ainsi par exemple qu'a la séance du 14 novembre, alors qu'on était ébloui par la Toccata de Szabelski et le Sacre du printemps de Strawinsky, des morceaux dans lesquels il se passe quelque chose, qui vous prennent, on s'est endormi au concerto N°2 de Chopin, dont le niveau doit être à peu près équivalent au jeu de mots ci-dessus.

Examinons maintenant de plus près le programme. Sous la rubrique nian-nian, il y a le sempiternel Mozart, son plus ou moins contemporain Haydn, on est encore allé déterrer plus en arrière chez Rameau, on a jeté un œil plus loin chez Rossini, encore plus loin chez Raff, un Allemand du XIXe inconnu au bataillon, au mien du moins, ce qui, vu l'étendue de mes connaissances, n'est pas vraiment une référence. Sortons Mendelssohn du lot, qui a composé quelques belles mélodies.

Passons à la partie intéressante du programme. On relève le nom de Debussy: et les romantiques français ont pondu quelques morceaux d'anthologie. La représentativité de compositeurs slaves est assez forte, ce qui est on ne peut mieux, puisqu'ils forment sans doute la tradition la plus riche et la plus intéressante en musique moderne. On retrouve l'ami Dvorak, un peu vieillot certes, mais qui se laisse toujours agréablement écouter, il y a le grand Janacek. Et deux autres inconnus au bataillon, Z. Kodaly et B. Martinu, respectivement hongrois et tchèque, qu'il faut aller écouter, un peu de curiosité m'a jamais fait de mal, palsembinette!! Enfin, on va s'envoyer le grand frisson de l'expérimentation musicale avec le théoricien du dodécaphonisme, Schönberg. En fait, pas vraiment, puisqu'on a pas choisi de présenter du dodécaphonisme hard. On a même puisé le premier morceau de Schönberg, Verklärte Nacht, qui, s'il a quelques passages très forts, reste malgré tout bien conventionnel et un peu fade. Mais je ne puis que vous inciter à aller écouter sa Kammersymphonie n°1. Un morceau pré-dodécaphonique, ce qui fait qu'il lui reste une certaine unité, on peut suivre une ligne musicale. Mais il est absolument étonnant dans la mesure où on ne suit une mélodie que sur quelques mesures, pour transiter à la suivante, et ainsi de suite. Ce qui fait un morceau toujours en mouvement, en transformation, qui parle énormément à l'imagination.

Serge Friedli.

***

Réponse de Philippe Chopard:

Société de musique : suite…

 Au fur et à mesure que je lisais l'article de Serge Friedli sur la Société de musique (no 29 du Cafignon), mon étonnement et ma consternation sont allés grandissant, face au manque d'ouverture de l'auteur de cet article à l'égard de la musique classique. Bien sûr, on ne demande pas à chacun d'aimer la musique dans sa totalité, mais il convient de situer ce débat sur un plan plus objectif.

Dans cet article, on pouvait lire que la musique classique était une musique de morts. Or, même si elle peut paraître parfois ennuyeuse, elle n'en suscite pas moins toujours de l'intérêt chez les jeunes que nous sommes. Dans le canton, par exemple, le succès de la Chorale du Gymnase et l'enthousiasme dont les jeunes témoignent en interprétant telle ou telle oeuvre insuffle à la musique classique une vigueur et une expression que les auteurs n'avaient peut-être pas voulues... Pour être excessivement méchant avec la musique contemporaine, on pourrait dire: "les décibels s'envolent, la musique classique reste !". En lisant le début de l'article, je me demandais jusqu'où la plaisanterie pouvait aller. Assistait-on à une critique de concert ou à une violente diatribe contre la musique classique? Je penche pour la seconde version...

La comparaison entre une musique classique monotone et une musique moderne dynamique est mauvaise. Ne mettons pas tout dans le même panier et ne mélangeons pas la chèvre et le chou, svp! Les programmes reproduits dans le Cafignon et les interprètes me semblent de qualité ; il y a tout pour passer un agréable moment... Faisant partie depuis plusieurs années de chœurs, j'ai toujours du plaisir à découvrir de nouvelles œuvres classiques, à voir ce qu'elles expriment et à les actualiser en leur donnant ma propre sensibilité. Mais j'apprécie aussi ce qui se fait actuellement. Chaque style a ses qualités et ses défauts, et il n'est pas juste et impartial de dire que chaque style musical a son public et qu'il faut obligatoirement "taper" sur les gens d'en face parce qu'ils trouvent leur bonheur dans les œuvres de Kodaly, Dvorak, Bartok, Ravel, Mozart, Haydn, Chopin et j'en passe...

Je pourrais encore continuer longtemps Ce réquisitoire, mais je préfère en rester là, tout en félicitant Serge Friedli pour la fin de son article, beaucoup plus optimiste et impartiale que son début...

A bon entendeur

Philippe Chopard

 

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À propos de Anouchka Wittwer

Notre seule vraie journaliste, paraît-il!

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