La contagion des éléphants - Le calendrier de l'Avant... 6 décembre

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Un article de Nicolas Yazgi, de novembre 1995, fait intervenir un grand fan du philosophe, écrivain et professeur neuchâtelois Denis de Rougemont. Un amour durable puisqu’en 2006 encore, Roger Favre lui dédiera un ouvrage « Qui a peur de Denis de Rougemont ? » aux Editions G d’encre, préfacé par Jean Studer. Mais en novembre 1995, l’anarchiste dévoilait déjà ses affinités avec le défenseur du fédéralisme européen, anti Etat-Nation. Il crée un café littéraire, continuité des salons philosophiques du XVIIIe siècle.

Pour le sixième jour de son calendrier de l'Avent, le Cafignon a choisi de faire la part belle à ce court article, dont le titre comme le contenu donne plus de questions que de réponses: dites-nous, docteur, les éléphants... sont-ils contagieux?

Les éléphants sont-ils contagieux ?

Roger Favre, romancier, jardinier et anar qui hante autant les bistrots que le subconscient des politiciens de droite de la région, a mis sur pied avec quelques amis un espace de réflexion qui s’articule autour d’une revue d’opinion « Grande Ouverte » (en vente pour 2.50 dans tous les interstices de la ville) et d’un café littéraire. Lassés d’une politique culturelle de gestion du patrimoine, de consommation passive de spectacles, les membres de ce petit cercle entendent ajouter leur note dissonante au concert partiellement préenregistré qui se joue devant eux : théâtraliser un peu la ville, à leur manière.

Lors d’une causerie avec l’intéressé, je lui ai demandé ce qu’il aurait envie de dire aux universitaires qu’il ne rencontre pas directement (ceux qui fréquentent d’autres tables d’hôte que lui ou à des heures différentes). Quelques jours plus tard, il me remit ce texte : « Dès 1933 et jusqu’à sa mort, Denis de Rougemont n’a cessé de poser la question de savoir pourquoi la société industrielle, se prévalant du pouvoir des machines pour libérer l’homme, aboutit en pratique à l’effet inverse. Il saute aux yeux qu’occulter cette question revient à construire l’Europe sur une poudrière sociale. Est-ce qu’elle implique le dynamitage en règle des thèses néo-libérales en vogue que cette interrogation ne figure apparemment nulle part au menu des IIèmes rencontres internationales Denis de Rougemont organisées dans le cadre de l’Université ? Nous invitons ceux que cette curieuse lacune intrigue à rejoindre notre cercle de réflexion. Tél : 24.70.70 ».

Afin d’ajouter un contretemps à la ronde quotidienne de nos petits problèmes personnels et sociaux, le café littéraire recevait dimanche 29 au « Chauffage compris » l’écrivain guinéen William’s Sassine qui, sautant de paraboles en métonymies pas uniquement verbales (force bouteilles éclusées, les boissons étant gracieusement offertes), nous a esquissé son monde dans lequel l’écriture reste impuissante, le quotidien se déroule de palinodies en illusions et la Suisse n’existe pas. Contant ses exiles géographiques et intérieurs, Sassine a renvoyé, non sans dérision, tout un chacun à soi-même, au « pays qu’on a dans la tête ».

Nicolas Yazgi

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À propos de Lena Würgler

La seule autre vraie journaliste.

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