Gone Girl

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Encore un livre adapté en film ! Hollywood n’a jamais cessé d’être en quête de bonne (?) histoire, de bon (?) script ! Pour changer des comédies grasses dont on se régale tous, quoi de mieux qu’un thriller, un policier, un meurtre - mais voilà la première question qu’il faut se poser dans le cas de Gone Girl : Y’a-t-il vraiment eu un meurtre ? Nick a-t-il tué sa femme ? David Fincher a-t-il tué le livre de Gillian Flynn en réalisant un mauvais film ? 
Revenons un peu en arrière : le plot. 
 
Nick (Ben Affleck) et Amy (Rosamund Pike) vivent à North Carthage, Missouri. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, Amy disparait... Nick a-t-il tué Amy ? 
J’aurais aimé que cela soit aussi simple... 
 
Je l’avoue. En ayant l’idée de cet article, je comptais me plaindre de la dérive intellectuelle dont souffre la littérature et le manque de script à Hollywood. Je comptais sincèrement écrire que les gens n’avaient pas de goût, et que des auteurs/réalisateurs vendaient leur âme sur l’autel du fric facile ! J’aurais aimé écrire sur Ben Affleck et son jeu déplorable ! Mais, ne nous mentons pas, il est un acteur de génie. J’aurais surtout aimé écrire sur Rosamund Pike. « Comment cela, l’actrice qui jouait la ravissante et creuse Jane Bennet dans Orgueil et Préjugés, sait jouer un tel personnage ?! Encore l’adaptation d’un livre au cinéma ! Je n’y crois pas une seconde !» J’aurais aimé que cela soit aussi simple... aussi simple que le plot de ce film... Mais non... C’est impossible. Le livre est absolument génial ! Le film est pratiquement aussi bon ! Les acteurs sont à couper le souffle. Si vous êtes des flemmards de la lecture, le genre de personnes qui vivent dans un appartement sans un seul livre, alors vous pouvez regarder le film en toute confiance. Il y’a des adaptations, mais ces modifications ne desservent pas le propos de l’histoire. Il manque des détails, mais Fincher a intelligemment comblé ces vides à l’aide d’effets visuels ! 
 
Spoiler alert 
Pour écrire cet article, je veillerai à ne pas tout dire... mais je vais en dire beaucoup ! Notre génération est effrayée à l’idée de «savoir la fin», mais reprenez les principes de la tragédie grecque : l’intérêt n’est pas de savoir comment cela se finit (en général, ça meurt, fin) - mais de savoir comment les personnages en sont arrivés là ? Que s’est-il passé, avant la fin ? 
 
Ce livre/film est en trois parties :
  1. Il l’a tué !
  2. Il ne l’a pas tué... 
  3. Comment cela peut-il finir ? 
 
Et vous ne pouvez pas deviner la fin au début du livre, ni au début du film. Ce n’est pas une histoire de meurtre. Ce n’est pas un policier, ce n’est pas un drame. C’est un thriller psychologique. A la fin, vous serez comme les spectateurs dans la salle (qui n’avaient pas lu le livre !) : scotché à votre fauteuil. Ce moment où tous les spectateurs se disent : « Cela se finit vraiment AINSI ?». Oui. Et, j’ai aimé ce silence de surprise, d’étonnement, de dégoût, de colère, d’incompréhension à la fin de la projection. Pendant une minute, nous sommes tous restés silencieux devant un écran noir où défilait des noms. Ce film se finit ainsi. Mais avant la fin, que se passe t-il ? La réponse se trouve dans le titre français du livre : Les Apparences. 
 
Les deux titres sont intéressants d’ailleurs : Gone Girl, littéralement «la fille partie» VS Les Apparences. Chacun offre une facette différente de cette histoire. L’intérêt tient justement dans les différents niveaux de lecture et les différentes interprétations possibles à l’histoire de Nick et Amy. 
 
Car, Gone Girl présente la manière dont le couple apparait en public pour mieux explorer « le côté sombre » de la personnalité de chaque personnage, de notre propre personnalité. Aristote parlait de catharsis : l’expiation des passions par le moyen de représentation. En simple, voir le pire de soi-même représenté sur une scène ou un écran permet de s’en libérer. Certains auront une lecture «genrée» de cette histoire : la femme est une menteuse, vicieuse et manipulatrice VS la femme prend sa revanche sur l’homme car ce dernier est un être médiocre, à punir, à éduquer. Faites-moi plaisir : laissez cette lecture moraliste ou post-féministe de côté. Les deux personnages explorent la face la plus sombre de leur personnalité, ensemble. Et, vous, en tant que spectateur, vous êtes simultanément horrifié et attiré. Vous vous reconnaissez dans ces personnages. Vous reconnaissez le pire de vous-même. Vous reconnaissez ce que vous cachez. 
 
Les effets visuels crées par Fincher prennent alors tout leur sens. Ce dernier a décidé de rajouter une scène qui n’existe pas dans le livre. Il donne à voir le meurtre d’un des personnages. Il donne à voir la froideur avec laquelle l’autre personnage agit. Il donne à voir ! Là où le livre crée une multitude de détail qui font tenir les mensonges des personnages, Fincher montre la folie, la peur, la haine, la manipulation, l’amour. Gone Girl, en livre ou en film, est un thriller romantique. Il y’a une fin heureuse pour ce couple étrange. 
 
Je recommande maintenant deux répliques : 
1. Deuxième partie du film : le layus sur la «fille cool». 
2. Fin du film : «Je suis la connasse qui fait de toi un homme». 
 
L’exploration du rapport de force - entre les personnages eux-mêmes, mais aussi entre les diktats sociaux et les personnages - est le point névralgique de la construction du film (1ère partie), de sa déconstruction (2ème partie), et de sa reconstruction (3ème partie). Vous comprendrez ce que je veux dire en regardant le film. Ce système narratif est à la base même de toutes les écritures cinématographiques : créer un monde, le détruire, le reconstruire. Le ton et la durée de chaque partie détermine si vous êtes face à une comédie ou un drame. Ces trois parties sont marquées dans le livre. Ces trois parties apparaissent clairement dans le film. Et, elles sont parfaitement maitrisées. 
 
Le film dure 2h25. Sa durée ne laisse pas de places aux longueurs. Justement, pour une fois (!), le réalisateur a pris le temps d’installer la fin de son film. Soudain, j’ai envie de me mettre à hurler sur la dernière adaptation (encore, une !) d’Anna Karénine par Joe Wright (celle avec Keira Knightley, oui), si juste dans sa mise en scène, mais qui a violemment saccagé sa fin ! Alors que tout l’intérêt d’Anne Karénine est de comprendre comment elle en vient à se jeter sous un train ! Mais revenons à Gone Girl. Ce film ne commet pas cette erreur. David Fincher prend le temps de finir son film, d’installer la situation finale, comme dans le livre de Gillian Flynn, comme dans une tragédie grecque. Pourtant, je vous ai dit que cela finissait bien ! Mais, d’une certaine manière, les personnages meurent...  psychologiquement.  
 
The End. 
 
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À propos de Eva Szereda

Etudiante en Erasmus, du moins avant le 9 février.

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