Faites vos jeunes! Rien ne va plus! Vraiment?

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Vous êtes-vous déjà dit, du haut de votre prime vingtaine, que décidément «les jeunes d’aujourd’hui sont bien pires que ceux qu’on était»? Moi aussi. Hé bien les réactionnaires que nous sommes seront intéressés par cet article relatant le Café scientifique intitulé «Ah! Ces jeunes!» de l’Université de Neuchâtel.

Pour nous conter la jeunesse présente et passée, trois intervenants: Alain Clémence, professeur de psychologie sociale, Daniel Fink, chargé de cours en criminologie et statistiques ainsi que le très médiatique chef de la police judiciaire neuchâteloise, Olivier Guéniat. Du beau monde donc, et ça va parler chiffres, l’émotionnel est mort, vive le pragmatisme. Dans le rôle du médiateur, André Kuhn, professeur de criminologie et de droit pénal à l’Unine. 

A bas les préjugés

Pour ce qui est de l’assistance, une bonne soixantaine de quidams, dont une écrasante majorité de jeunes femmes, ainsi que quelques alertes retraités sans doute désireux de s’informer des raisons de la décadence de leur descendance. Si tel est le cas, ils risqueront d’être déçus.

M. Clémence introduit la discussion en nous rappelant la période particulière que représente l’adolescence, moment charnière de notre existence, avec ses propres codes et rites de passage, parmi lesquels, par exemple, l’école de recrues en Suisse. A ce stade je pense encore, comme Socrate, que «les jeunes ne sont que des tyrans, qu’ils sont tout simplement mauvais». Je me dis qu’on va voir ce qu’on va voir, les chiffres vont être implacables, éloquents, cette jeunesse pourrie gâtée va, ce soir, être enfin mise à l’échafaud, avec force statistiques accablantes! Je jubile déjà.

Hé bien non, déception, rien de tout cela, plusieurs idées reçues sont mêmes battues en brèche, deux exemples: «Les jeunes sont plus violents qu’avant!» Non, M. Guéniat nous apprend sans détour que, statistiquement, tous les domaines de la criminalité sont en baisse, celle impliquant les jeunes gens y compris. Ils boivent et fument également moins qu’avant. «Mais des substances toujours plus fortes!», sommes-nous tentés d’asséner. Encore raté, le taux de tétrahydrocannabinol (THC) dans le cannabis est en baisse constante depuis 10 ans.

Evolution inexplicable

Premier constat donc, la criminalité diminue chez les jeunes, de même qu’elle diminue en général. On en veut pour exemple le fait qu’on compte actuellement neuf fois moins d’homicides sous nos latitudes qu’en 1800. Intéressons-nous donc à la question de savoir pourquoi.

«On ne sait pas», nous annonce M. Guéniat, aucun facteur (prévention, chômage, richesse, éducation ou flux migratoire) ne permet d’expliquer entièrement ce phénomène. Tout au plus a-t-on quelques pistes à explorer, à prendre avec toute la circonspection requise, puisqu’elles sont émises à titre d’hypothèses:

L’éducation a changé, les relations parents-enfants seraient à présent basées sur une plus grande communication intergénérationnelle, le respect mutuel ainsi que la participation de chacun. Les interventions policières et le droit pénal ont également mué, passant d’une approche répressive à une utilisation accrue de moyens tels que la médiation. De même, il existe aujourd’hui une certaine forme d’intervention étatique «douce» par l’existence de ce que l’on appelle communément les éducateurs de rue.

Influence technologique

De plus, un moyen de se défendre face à des propos ou des actes abusifs, ou à tout le moins d’en apporter la preuve ultérieurement, s’est insinué dans presque toutes les poches. On parle évidemment ici du Smartphone, de votre IPhone dernier cri, capable de prendre des photos ou des vidéos. On assiste par conséquent à une sorte d’apprentissage collectif où le fait de se savoir susceptible d’être filmé conduit à des comportements plus retenus.

En parlant de technologie, nous sommes bien placés pour le savoir, on nous le rabâche à longueur de journée, nous sommes une génération ultra connectée (terme rarement utilisé dans un sens positif, notez-le). Ce changement dans les mœurs a eu pour conséquence un déplacement du centre d’activité des jeunes. A savoir que leur temps passé dans l’espace public a considérablement diminué depuis 7 ans, pour gonfler celui passé sur le nouvel espace public constitué par des réseaux tels Facebook, Twitter ou Whatsapp. Par conséquent, la capacité de commettre certains délits, comme les agressions physiques, a été réduite d’autant. Cette mutation a pour corollaire une augmentation d’autres comportements, comme le visionnage de contenus pornographiques ou la participation à des jeux vidéo violents.

L’écart entre impression et réalité

Après la mention de ces quelques pistes de réflexion, place aux questions du public. L’une d’elle, quoique très simple, résume le sentiment général: «Malgré toutes ces données rassurantes, pourquoi a-t-on tout de même l’impression que la situation s’est détériorée, et que le sentiment de sécurité n’augmente pas?»

Pour y répondre, une hypothèse déjà mentionnée durant la table-ronde: la baisse de la criminalité en général a pu engendrer une baisse de notre tolérance à la violence. C’est en conséquence notre perception qui a changé (devant plus «noire»), alors que la situation objective s’améliore.

Mais la principale explication donnée ce soir aura été celle du relai des informations par les médias, beaucoup cités. Il est admis que ceux-ci font leurs choux gras d’évènements tragiques - annoncer que tout va bien, ça ne fait pas vendre - peu fréquents mais abondamment repris et commentés. Résultat: le public peut avoir l’impression que ces actes graves sont plus nombreux qu’ils ne le sont réellement.

A noter que les trois intervenants ont tenu à préciser qu’ils n’étaient pas là pour faire le procès des médias. Pour votre curiosité, vous apprendrez que la page 11 du journal «Le Matin» du 21 octobre 2015 titrait «La jeunesse se comporte mieux» et donnait la parole aux quatre protagonistes du café scientifique auquel j’assiste.

Peu de débat

En conclusion, un café scientifique qui nous aura au moins appris que les chiffres ne sont pas d’accord avec nous quand nous vilipendons nos chers successeurs sur les bancs des collèges et lycées, mais qui aura finalement suscité peu la discussion et pas le débat. C’est peut-être ce qu’il manque à ces cafés scientifiques. Sur le site de l’Unine, on vante pourtant le débat qui doit pouvoir y prendre place. Malheureusement, force est de constater qu’avec des intervenants tous d’accord, il a peu de raison d’être. Une agréable soirée tout de même. Repartons optimistes, notre monde sera en de bonnes mains, notamment dans les vôtres.

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À propos de Julien Léchot

Néo-rédacteur

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