En(-)quête de plumes - Le Calendrier de l'Avent du 16 décembre

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Il est des domaines dans lesquels les Américains cartonnent. Et les Suisses beaucoup moins. Les journaux estudiantins en sont un bel exemple. Il est déjà donné en 1999, dans le Cafignon n°90 par un étudiant au destin tout dessiné : Carlos Montserrat, aujourd’hui journaliste pour la télévision régional de l’arc jurassien Canal Alpha. Et oui, alors que les étudiants des Philippines ou des Etats-Unis trouvent de bonnes raisons de s’investir pour leur journal, le Cafignon peine à trouver des motivés. Une situation qui n’a énormément évolué. L’archive du 16 décembre du Calendrier de l’Avent du Cafignon.

Des publications qui (s’) engagent ?

Que ce soit à cause des bouquins, de la télévision ou, pire encore, de l’indifférence, le Cafignon risque d’être renvoyé aux oubliettes de l’histoire. En effet (et c’est sérieux), ce journal est au seuil de la mort. Or la situation du Cafignon est étonnante si on la compare à celles d’autres publications universitaires, aux Philippines et aux Etats-Unis par exemple.

Dans d’autres pays que la Suisse, les journaux universitaires ne se préoccupent pas seulement de maintenir leurs têtes hors de l’eau. Au contraire, ils sont bien au sec, assurés de leur pérennité par la multitude d’étudiants attirés par le journalisme. Quelles sont donc les conditions favorisant l’intérêt pour ces médias universitaires ? Et pourquoi donc à Neuchâtel est-il si difficile de recruter des journalistes en herbe ? Cela est d’autant moins compréhensible qu’il existe un enseignement du journalisme dans notre université.

Une première tentative de réponse pourrait se trouver dans les propos de Ghislaine Bretcher, étudiante en théologie : «l’attrait des médias réside dans leur originalité et leur goût du scandale. À l’université, le scandale n’est pas aussi visible et important». L’actualité universitaire ne serait donc pas aussi intéressante qu’on le voudrait… ? Quoi qu’il en soit, cela ne justifie pas que les étudiants en journalisme maintiennent leur indifférence à l’égard du Cafignon. Peut-être que le Cafignon n’est pas  à la hauteur de leurs aspirations ? Car qui dit aspirations dit aussi en partie illusions.

Une deuxième tentative de réponse peut être vue au travers de l’exemple des Philippines. L’histoire, ainsi que la situation économique et politique y jouent un rôle énorme dans l’attitude des étudiants. En effet, cet archipel du Pacifique a maintenu jusqu’à maintenant un système éducatif offrant la possibilité aux plus démunis d’accéder aux bancs d’école. Cependant, comme le rapporte The Filipino Student, un journal étudiant, «les administrateurs et les propriétaires d’établissements scolaires ont annoncé à la nation une augmentation des taxes de 320%».

L'archive du 16 décembre du Calendrier de l'Avent du Cafignon

Là comme ailleurs, la démocratisation des études reste donc un enjeu essentiel, voire vital. Ainsi les étudiants se battent pour maintenir leurs droits et ceci avec une grande intensité ; pour eux, cette hausse des taxes «n’est rien d’autre qu’un poids pour le peuple au nom du profit et de la commercialisation». Et The National Guilder, autre publication étudiante, écrit dans son numéro de février 1998 : «si l’on nous cache la vérité et l’on nous ôte notre liberté, c’est à nous journalistes du campus, de répondre avec nos poings serrés». En somme, si les étudiants de Neuchâtel se sentaient plus menacés dans leurs droits, peut-être réagiraient-ils avec plus de conviction.

Les Etats-Unis offrent une troisième perspective. LA stabilité du pays n’empêche pas les étudiants de participer activement à la rédaction des journaux universitaires. Quelle ne fut pas ma surprise de trouver sur le Net un accès au curriculum vitae des différents rédacteurs des rédactions universitaires ! Si une rédaction universitaire attire ainsi les étudiants, cela tient du fait que ces derniers en ont mesurer [sic.] les enjeux professionnels. La confection d’un journal leur permet d’acquérir non seulement des compétences professionnelles variées, mais aussi une reconnaissance de la part des médias non universitaires. En revanche, en Suisse, la filière est différente. Un étudiant termine d’abord ses études universitaires, puis il envisage d’effectuer un stage de deux ans au sein d’un média tout en suivant les cours au Centre Romand de Formation des Journalistes (CRFJ). Ainsi, le travail au sein d’une rédaction universitaire importe moins que dans les universités américaines.

En conclusion, on peut envisager trois facteurs pour expliquer l’éventuelle disparition du Cafignon. Tout d’abord, l’actualité universitaire n’intéresse que peu de monde. Ensuite, nous jouissons en Suisse d’une grande stabilité économique et sociale qui ne demande pas un engagement politique intense de la part des étudiants. Il faut espérer cependant que ces derniers ne s’endorment pas sur leurs lauriers, au risque de mauvaises surprises. Enfin, la formation des journalistes en Suisse se fait surtout en dehors des universités, dans des rédactions professionnelles. D’où une certaine indifférence à l’égard des médias universitaires, contrairement aux Etats-Unis où il existe de véritables formations universitaires en journalisme. Ne peut-on instaurer un enseignement plus rigoureux du journalisme dans les universités suisses et donner ainsi à la profession une légitimité académique ?

Pour en revenir à la situation du Cagifnon, comme le dit Denis Jeambar, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire français L’Express dans une entrevue au Magazine litéraire : «le journaliste perd de son indépendance quand il retient le prisme d’un de ses acteurs». N’en va-t-il pas de même pour l’université ? En perdant la voix du Cafignon, ne risque-t-elle pas d’adopter un point de vue unilatéral, celui du rectorat par exemple? L’heure est à l’action. Espérons que les étudiants n’abandonneront pas un autre de leurs privilèges.

Carlos Montserrat

Illustration : Frédéric Chevaillot.  

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À propos de Lena Würgler

La seule autre vraie journaliste.

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