Buvons en paix, buvons Concorde

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Blonde, brune, rousse, noire… L’ale revêt des robes nombreuses et variées selon les goûts, les saisons ou encore les occasions qu’elle côtoie. Quant à ses amateurs, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer dans sa fabrication. A la manière des fleurs au printemps, les brasseries artisanales prospèrent partout en Suisse. A Vallorbe, dans le canton de Vaud, Adrien Marin, nouvellement brasseur, ouvrira ses portes le 13 juin prochain pour une journée de dégustation. C’était l’occasion d’aller le rencontrer, en avant-première pour savourer une de ses mousses découvrir son univers professionnel. 

Adrien Marin, n’a pas encore trente ans, un point sur lequel il insiste. Fraichement père, il a dû se dire que ses journées ne seraient pas assez remplies, alors il s’est décidé à investir les locaux de l’ancienne laiterie vallorbière – une dénomination pareille est sacrément évocatrice tout de même ! – pour y fabriquer de la bière.

L’aventure a commencé lorsque ses pas l’ont mené à la rencontre d’un certain faiseur de bière. Le courant entre ce dernier et le jeune électricien de formation est immédiatement bien passé. A tel point que le premier a vendu tout le matériel de brassage nécessaire – qu’il avait lui-même confectionné – au second. Ensuite, n’écoutant que son courage et ignorant toute appréhension de se lancer dans une telle aventure, Adrien a entrepris un apprentissage autodidacte « à grand renfort de lectures, visionnage de vidéos en ligne, recettes de grands-mères et de tâtonnements » me confesse-t-il.

"Soupe de céréales" 

La production a commencé dans le courant du mois d’octobre 2014. Le brasseur, pas avide de détails, m’expose le processus de fabrication. « La bière, m’explique-t-il, c’est une soupe de céréales. Il faut, pour ce faire, de l’orge, du malt, du houblon, de l’eau et de la levure. Une fois le tout mélangé et dosé selon ses goûts et désirs, il faut faire bouillir et, éventuellement, aromatiser. Tandis que le malt influe principalement sur le goût et la coloration, l’arôme et l’amertume sont déterminés par le houblon. La levure quant à elle apporte son grain de sel décisif » détaille-t-il.« Puis vient le tour de la fermentation proprement dite qui dure une semaine. C’est là que la levure intervient » continue Adrien. La levure, comme tout organisme unicellulaire qui se respecte, a besoin d’oxygène pour vivre. Pourtant, la malheureuse est incapable d’extraire le précieux atome directement dans l’air. Du coup, pas gênée pour un sou, elle fractionne les molécules de son entourage (le plus souvent celles de sucre) pour en extraire de l’oxygène.

C'est pas sorcier!

Afin de ne pas perdre le lecteur au détour de ces explications relativement scientifiques et pour conclure cette digression, j’ai donné libre court à ma fantaisie et imaginé, dans le paragraphe qui va suivre, comment les fameux animateurs de la non moins célèbre émission au camion itinérant auraient abordé le sujet.

- Mais dis donc Jamy, c’est bien beau cette explication, mais tu n’as pas mentionné de sucre parmi les ingrédients de la bière, alors comment celle-ci peut fermenter ?

- Tout à fait Fred, très bonne remarque. Mais apprends qu’il y a bien du sucre dans la « soupe », seulement, de façon dérivée. C’est l’amidon des grains d’orge qui, en macérant, produisent du maltose, une sorte de sucre.

- Entendu Jamy, au fond, c’est pas sorcier ! 

Un mois de fabrication

« Au huitième jour, enchaîne Adrien, après plusieurs heures de brassage, le mélange est transféré dans une cuve dans laquelle les levures sont ajoutées pour s’y reposer pendant trois semaines. Lors des sept premiers jours, celles-ci se multiplient et transforment le maltose en CO2 puis en alcool ». On comprendra, sans autre explication, que la quantité de sucre dans la préparation d’origine influera directement sur la teneur en alcool de la bière finale. Et le brasseur de conclure : « Les deux dernières semaines permettent aux goûts de s’affiner.
Pour finir, ne reste plus qu’à gazéifier le nectar et le mettre en bouteille ». De la marmite à la chope, le processus aura duré un bon mois. L’entretien continue et j’interroge Adrien sur l’état actuel de ses affaires. Il m’informe qu’en ce moment il écoule environ 1'000 bières par mois et que la tendance est à la hausse. « Ce chiffre, précise-t-il, n’est pas pour autant immuable et dépend des évènements qui peuvent avoir lieu aux alentours et des organisateurs enclins ou non à se fournir en bières chez moi ». Pour autant, la vie à la brasserie ne paraît pas être une sinécure ! Quoiqu’aidé depuis peu par deux employés, comme il le confie lui-même, « le patron court partout et a de bonnes baskets ».

Concurrence des industriels

Adrien est optimiste et se dit satisfait de l’avancée de son affaire. Il se montre reconnaissant envers le village où sa petite entreprise est implantée. Tant les habitants, les commerces locaux, ou encore les bars ou les sociétés locales lui ont réservé un accueil chaleureux. A tel point, m’avoue-t-il à demi mot, qu’il a le sentiment de ne pas recevoir de retours réellement objectifs sur ses bières ; « c’est que les Vallorbiers sont très flatteurs avec les produits de leur terroir… ». Néanmoins, le brasseur déplore une triste réalité, du point de vue d’un petit producteur. Il dénote ce qui suit : « Face aux grands distributeurs – des industriels – il n’est pas évident de faire sa place. Les bistrots qui ont des accords de distributions avec ces géants de la bière sont majoritaires. Les dits accords proposent de la bière à des prix défiant toute concurrence de la part de la plupart des producteurs locaux. Quand bien même un aubergiste accepte de revendre des bières artisanales, celles-ci sont sensiblement plus chères que les bières industrielles. Il est certain que cela a un impact direct sur le choix de la plupart des clients.
Quant aux manifestations de moyenne ou grande envergure, rares aussi sont celles qui proposent des bières locales ou artisanales ». Le jeune passionné compte sur les sociétés locales et les manifestations de toutes envergures pour faire une place aux producteurs locaux ; « si beaucoup de gens pensent déjà aux denrées alimentaires du coin telles que le pain, le fromage ou la charcuterie, rares sont ceux qui envisagent les brasseurs ». A une époque où la tendance est à la consommation intelligente, de proximité, souhaitons-lui que ses espoirs se réalisent.

Des bières féminines

Quand je m’enquière sur ses bières, le brasseur me les décrit féminines. Si sa vision des femmes est un peu simpliste peut-être, elle n’en reste pas moins flatteuse ; « peu amères, aromatiques, douces et légères » sont ses termes. Avec l’été qui approche et les supposées températures élevées adjointes, voilà des boissons qui paraissent tout indiquées. « Actuellement, poursuit Adrien, cinq variantes sont produites à la Concorde : la Vallorbière, blonde, la Tire Lune, blanche aux arômes de coriandre et d’écorce d’orange, la Petite brume, brune à la réglisse, la Noctambule, noire à la vanille et la Bjer, saisonnière dont l’arôme n’est pas encore certain ». Il me susurre à ce propos que le sureau serait l’un des candidats les plus sérieux. N’étant pas filtrées, le chef attire l’attention sur le fait que ses bières sont à consommer sans modération… oui, bon, hem… mais surtout dans les quatre à six mois.

 Journée portes-ouvertes

Concernant la journée portes-ouvertes du 13 juin, le brasseur compte tout particulièrement sur la venue de non Vallorbiers. Comme il l’a constaté, « les habitants du coin, sans vouloir les froisser, sont aveuglés par la fierté qu’ils tirent de leur producteur local et manquent quelque peu d’impartialité ». Apparemment donc, leur jugement serait tronqué. Il faut remédier à cette malheureuse situation, rapidement, sans plus attendre, prestement. Chers lecteurs, c’est là que je fais appel à votre bon cœur ! Pour libérer Adrien de ses incertitudes, un seul moyen : se rendre le 13 juin dans les locaux de la brasserie de la Concorde à Vallorbe, dès 10h et jusqu’à plus soif 19h, selon l’horaire officiel. Ainsi, Adrien Marin pourra enfin recevoir le retour qu’il mérite pour ses bières. Accueillant et prévoyant, le brasseur suggère même la possibilité pour les visiteurs qui le souhaiteraient de planter la tente dans son jardin.

Pour davantage d’informations, http://www.brasserielaconcorde.ch/

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À propos de Claire Desponds

Etudiante quelconque en droit

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