Au microphone sur la Coupole

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La webradio Neuchvox lançait, mardi 1er septembre, le premier épisode d’ "Under the Coupole", une nouvelle émission donnant la parole aux jeunes candidats neuchâtelois au Conseil National le 18 octobre prochain. Cette première, entièrement masculine, a vu s’affronter Loïc Mühlemann (PS), Michele Barone (PLR) et Antoine Barizzi (PBD). 

Le décor de Neuchvox est minimaliste : deux micros, un ordinateur, une petite table de mixage et un homme à tout faire, à la fois technicien, réalisateur et présentateur. En fait, cette webradio est à l’image des politiciens invités : jeune, en construction, un peu bricolée et légèrement maladroite mais extrêmement motivée à se faire une place parmi les médias qu’écoutent les jeunes. Car c’est bien à eux qu’elle s’adresse. « C’est d’ailleurs pour cela que nous avons décidé de n’inviter que des politiciens de moins de trente ans », explique Luca Santos, réalisateur et présentateur de la toute fraîche émission "Under the Coupole".

Des candidats en sardines

L’espace est petit. Très petit. Sis au rez-de-chaussée, l’étroit studio ne doit pas mesurer plus de deux mètres de large pour quatre ou cinq de long. Sur l’épaisse moquette grise, les trois candidats d’un peu plus de vingt ans se tiennent face à une grande vitre donnant sur la rue des Terreaux. Malgré la porte fermée, on entend toujours le bruit de la circulation à l’extérieur. Les passants jettent des coups d’œil à l’intérieur, intrigués par la présence du petit groupe, visiblement à l’étroit. Des pages A4, scotchées grossièrement sur la fenêtre, permettent aux badauds de connaître l’identité ainsi que les grandes lignes politiques des trois invités. Pour l’instant, ces derniers rigolent entre eux. Ici, on se tutoie, en off comme à l’antenne. Soudain, Luca Santos prévient : « Attention, j’ouvre les micros. Dorénavant, si vous dites des bêtises, ça sera de votre faute », plaisante-t-il. Les jeunes politiciens suivent son conseil et se taisent. Dans le casque du présentateur se termine la musique diffusée sur la chaîne. L’émission peut commencer.

Vif débat sur les quotas

Après avoir patiemment constitué un dossier bien ficelé sur chacun de ses invités, Luca Santos les interroge sur leur Smartspider, à savoir un graphique sensé résumer leurs idéaux politiques. Si les premières questions engendrent peu de débats, c’est le sujet des quotas de femmes dans les postes à responsabilités qui allumera la mèche. Pour Antoine Barizzi, « plutôt contre », selon son Smartspider, « les entreprises pourraient en venir à engager des femmes uniquement pour respecter les quotas et non en fonction de leurs compétences ». Loic Mühlemann, lui, se dit « plutôt pour », non parce qu’il estime que les quotas soient la meilleure des solutions, mais parce qu’ils constituent pour lui « une première étape provisoire indispensable », au vu de la difficulté rencontrée jusqu’alors pour garantir la parité dans les entreprises. Michele Barone, opposé aux quotas, estime lui que ces derniers « dévalorisent les femmes, puisqu’ils insinuent qu’elles n’auraient pas pu obtenir le poste grâce à leurs seules compétences ». Loïc Mühlemann bondit alors sur le micro, rétorquant que la « majorité des personnes qui défendent les quotas sont des femmes. Alors à moins qu’elles aient envie de se dévaloriser elles-mêmes, je ne pense pas qu’elles perçoivent les quotas comme dégradants ».

Quelques accrocs sur les impôts

La question suivante concerne les impôts. Elle provoque un débat plus houleux encore. Le libéral-radical Michele Barone se dit favorable à une baisse de l’impôt fédéral, avant tout pour des raisons politiques, estimant que l’imposition devrait être prioritairement une compétence cantonale et non fédérale. Pour Loïc Mühlemann, toute baisse d’impôt est défavorable à la population puisqu’elle engendre « une diminution des prestations offertes par l’Etat ». Antoine Barizzi n’y voit pas un mal puisque « toute baisse d’impôt a pour corollaire une augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs, bénéfique pour l’économie ». Pour lui, cette mesure serait donc favorable à la classe moyenne. « Ca dépend de ce que tu entends par classe moyenne, répond Loïc Mühlemann. Car toute baisse d’impôt favorise avant tout ceux qui en payent beaucoup et, donc, les plus riches ».

Pragmatisch, oder Nichts

Suite à ces premières véritables controverses, Luca Santos, le commentateur, suggère une pause musicale « pour boire une goutte ». Une fois les micros coupés, les candidats poursuivent la discussion plus librement. Michele Barone suggère au présentateur d’inviter sa colistière Sonia Barbosa pour discuter des quotas, « parce qu’elle se met en porte-à-faux sur la question ». « Je ne suis pas fondamentalement pour non plus », lui rappelle Loïc Mühlemann. « Je sais. D’ailleurs, j’aime bien ta nuance sur le caractère provisoire de cette mesure », lui concède Michele Barone. « Oui, moi aussi, comme toi, je suis pragmatisch », le provoque le socialiste, en faisant allusion au slogan « Libéral, pragmatisch, progressista » du jeune PLR. Luca Santos met fin à la discussion en ouvrant à nouveau les micros. Il annonce la "Descente dans l’arène", deuxième partie de l’émission destinée à laisser les intervenants débattre – ou plutôt combattre – sur des sujets polémiques. Au menu du soir : l’immigration et le secret bancaire. Si le premier thème ne parvient pas à provoquer d’oppositions claires, le second fera naître un houleux débat.

Ruées de fers sur le secret bancaire

Rappelant que le secret bancaire n’existe déjà plus en dehors des frontières suisses, Antoine Barizzi se dit plutôt défavorable à sa disparition complète dans le pays. Pour lui, s’il est normal que le secret bancaire s’affaiblisse pour éviter la fraude, il faut toutefois en conserver la substance pour préserver la sphère privée de la population. Michele Barone, lui, s’oppose radicalement à son abolition. D’après lui, le secret bancaire est une preuve de confiance envers la population. Il lui parait fondamental de ne pas laisser l’État fouiller dans la vie privée des gens. Loïc Mühlemann réagit en s’insurgeant contre le fait que, sous le couvert du secret bancaire, l’évasion fiscale reste légale dans le pays. « Evidemment, si l’économie prime sur la morale et sur la qualité de nos échanges commerciaux avec les Etats-Unis et l’Europe, alors nous pouvons conserver le secret bancaire», ironise le Socialiste.   

Des hommes aux femmes

Le premier épisode d’ "Under the Coupole" touche à sa fin. Luca Santos ferme définitivement les micros et admet être « épuisé » après plus d’une heure d’émission. Les invités lui suggèrent amicalement de faire attention à ne pas épuiser tous ses sujets dès la première soirée. Sûr de son coup, le réalisateur assure que « je suis loin d’avoir posé toutes les questions que j’avais préparées ». Il les garde donc au chaud pour les prochains invités. Ce mardi 15 septembre, le rendez-vous est pris avec Sonia Barbosa du parti Libéral-Radical, Mireille Tissot-Daguette des Vert’Libéraux et Aurélie Widmer du Parti Socialiste. Après un débat entièrement masculin, Neuchvox laisse donc la place à une version purement féminine de la politique vue par les jeunes.

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À propos de Lena Würgler

La seule autre vraie journaliste.

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