Anniversaire manqué - le Calendrier de l'Avent du 20 décembre

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Tout ceux qui étaient nés depuis quelques années déjà en 1998 se souviennent de l’événement. Les Chaux-de-fonniers du Haut et les Neuchâtelois du bas s’étaient rassemblés sur la montagne qui les sépare pour fêter ensemble l’entrée de leur canton dans la Confédération, 150 ans plus tôt. Pour beaucoup, l’événement laisse une trace positive dans la mémoire. Mais pour d’autres, pourtant loin d’être Royalistes, le souvenir laisse plutôt un goût d’amertume. En novembre 1998, Julien Hirt est monté à La Vue-des-Alpes pour dénicher les mécontents. C’est l’archive du Calendrier de l’Avent du 20 décembre.

Jean qui rit, Jean qui pleure. Les deux bilans du 150e neuchâtelois

Cette année, le canton de Neuchâtel a fêté les 150 ans de son entrée dans la Confédération. Toute une série de manifestations ont été organisées du 1er mars au 30 août. A l’heure du bilan, les organisateurs affichent une mine triomphante. Mais parmi ceux qui ont contribué à la fête, nombreux sont ceux qui dénoncent sa mauvaise organisation.

« Le bilan est extrêmement positif. Nous avons offert un vrai feu d’artifice de manifestations aux gens. Si c’était à refaire, je ne changerais rien. » Suzanne Béri, « Madame 150ème », l’organisatrice des festivités, a le sourire quand on lui demande de tirer le bilan des commémorations de l’anniversaire du canton de Neuchâtel, qui ont pris fin le 31 août.

Le 1er mars 1848, les Neuchâtelois du haut et du bas ont manifesté leur désir de quitter le giron prussien pour rejoindre la Confédération suisse. 150 ans plus tard, les pouvoirs publics neuchâtelois ont voulu célébrer cet événement avec tout le faste qu’il méritait à leurs yeux.

Le coup d’envoi a été donné le 1er mars, une fête populaire lors de laquelle les citoyens ont pu débattre dans les lieux publics de thèmes comme l’égalité ou les droits et devoirs du citoyen. Le soir, tout le monde s’est retrouvé pour savourer la plus grande fondue du monde. Mais cette fête n’était que la première phase d’un projet plus ambitieux.

Le volet estival des manifestations du 150ème s’est installé dans un chapiteau au centre du canton, sur le site de la Vue-des-Alpes qui surplombe le lac. Les habitants du site, au départ plutôt contents de l’arrivée du 150ème sous leurs fenêtres, gardent un souvenir mitigé de l’expérience. « Si on voulait tuer le tourisme, on ne pouvait pas faire mieux », tempête Jean-Pierre Besson, entrepreneur. « La route du col de la Vue-des-Alpes a été fermée pour un oui ou pour un non. Il faudra des mois pour que les habitués reviennent. » Luc Dupraz, propriétaire de l’hôtel et d restaurant du site, a vu son chiffre d’affaire de la saison réduit de moitié : « Le chapiteau était installé sur le parking, et il bouchait la vue aux clients de l’hôtel. Sans paysage ni places de parc, la Vue-des-Alpes, ça ne vaut rien. » Suzanne Béri estime quant à elle « qu’il n’y avait pas de meilleur endroit pour organiser cette fête ». Elle insiste également sur l’effet à long terme que la fête pourra avoir sur le tourisme dans la région.

L'archive du Calendrier de l'Avent du 20 décembre

Au programme, sous le chapiteau : trois mois de manifestations, qui voyaient défiler entre autres deux semaines consacrées aux écoliers, une manifestation écologique, ou encore deux courses de voitures. « Tout a très bien marché, aucune manifestation n’a eu plus de succès qu’une autre », déclare un des membres du bureau du 150ème. Or, si la foule s’est déplacée en masse, emballée par le journée des Eglises, par la fête nationale ou par les spectacles destinées aux écoles, la tente était en revanche à moitié vide lors de l’ouverture du site, le 1er juin. Par la suite, plusieurs manifestations ont déçu leurs organisateurs, comme la fête techno le 27 juin ou le concert du groupe français L’Affaire Louis Trio devant un public clairsemé. La Rioule, la pièce de théâtre emblématique de ces festivités, a attiré 7000 enthousiastes. Reste qu’environ 1000 d’entre eux, des notables, n’ont pas payé leur place, et que l’affluence est restée en deçà de l’estimation initiale, chiffrée à plus de 9'500 spectateurs.

Autre squelette caché dans le placard du 150ème : l’adjuction de l’éclairage et de la sonorisation de la tente de la Vue-des-Alpes. C’est l’entreprise biennoise Eclipse qui a décroché le marché de 142'000 francs, l’emportant face à trois concurrent [sic.] neuchâtelois. Le bureau du 150ème a confié l’exament de l’offre à deux experts et c’est le conseiller d’Etat Thierry Béguin qui a tranché. Les trois concurrents laissés sur le carreau font tout de même remarquer qu’Eclipse est administré par Laurent Sandoz, responsable des infrastructures techniques du 150ème. « Les données techniques contenues dans le cahier des charges correspondaient exactement au matériel utilisé par Eclipse », précise Stéphane Mercier, de l’entreprise Ionison, du Locle. « Mais nous aurions pu arriver au même résultat avec un matériel différent ». La direction du 150ème explique que le respect des normes de sécurité a emporté la décision, dans les conditions techniques et météorologiques difficiles de la Vue-des-Alpes. Mais Cédric Pipoz, patron de l’entreprise Neuchâteloise Ag’Art, n’a pas dit son dernier mot : après une série de lettres de réclamation, il a finalement reçu un rapport des experts daté du 6 août, soit deux mois après l’adjuction. Il estime « qu’on a essayé de noyer l’affaire ».

« Je ne crois pas que cette manifestation ait touché les Neuchâtelois ».

Le 150ème aura également été une affaire commerciale. Une affaire excellente pour l’entreprise Huguenin Médailleurs du Locle, qui a frappé la monnaie commémorative de la fête. Les 40'000 Alexis émis pour l’occasion ont disparu en un mois. « C’était une très belle aventure », reconnaît Pierre Zanchi, directeur de l’entreprise. Reste que la vente des t-shirts et autres casquettes a été catastrophique. Déception également chez Mauro Frascotti, qui a illustré la bande dessinée officielle, un joli succès de vente. « Les organisateurs n’ont pas du tout tenu compte de nos idées. Ils ont agi à leur manière. Résultat : la bande dessinée n’a pas eu la diffusion qu’elle aurait pu avoir. » Un manque de dialogue entre les deux parties qui s’est soldé par un paradoxe : l’œuvre a été présentée au Salon du livre sans que les auteurs soient mis au courant.

« Je ne crois pas que cette manifestation ai touché les Neuchâtelois », conclut Gérard Ramseyer, qui a tenu le bar du chapiteau pendant trois mois, « des tas de gens se sont arrêtés devant la tente sans savoir ce que c’était. » Quant à Suzanne Béri, elle précise que des milliers de bénévoles et de spectateurs ont été ravis, et elle rappelle qu’il est impossible de monter ce type d’événement sans qu’il y ait des mécontents : « Si on devait prêter l’oreille à toutes les critiques, on ne ferait plus rien. »

 

Julien Hirt

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À propos de Lena Würgler

La seule autre vraie journaliste.

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