Ah Bologne, quand tu nous tiens - Le Calendrier de l'Avent du 24 Décembre

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Fini les Licences et Demi-licences. Aujourd’hui, dans les Universités et hautes écoles, nous ne connaissons plus que Bologne, soit le Bachelor, le Master, les Crédits ECTS, etc. Mais il y a dix ans encore, ces termes étaient du charabia pour la majorité des étudiants. En 2005, Neuchâtel est la première université de Suisse à concrétiser la réforme de Bologne. L’auteur de cette archive d’avril 2005 plaide pour Bologne, mais contre la précipitation de l’UniNE. Et tente de s’imaginer l’Université en 2015 avec des analyses sérieuses. Un petit avant-goût de la Surprise de Noël qui vous attend demain.

Neuchâtel 2015

Comment concevoir l’Université du futur sans tomber dans la science fiction ? Il faut envisager 2015 à travers les changements prévus pour 2008, et 2008 à travers les réformes actuelles. A l’heure de rejoindre Bologne, Neuchâtel traverse péniblement les Alpes. La question est de savoir si elle remonte la pente ou se précipite vers le gouffre.

La petite UniNe subit les premières conséquences d’une vaste métamorphose qui touchera bientôt toute la Suisse académique. Cette réforme, on peut l’appeler Bologne, mais Berlin convient mieux. C’est là, en effet, que l’idée d’accréditer les enseignements supérieurs a été adoptée en 2003. Le principe est simple : on impose aux hautes écoles des exigences précises en matière de gestion et de qualité de façon à ce que les titres qu’elles délivrent soient reconnus dans toute l’Europe. Ainsi, sans être employé dans la Déclaration de Bologne, le concept d’accréditation découle bien des idéaux qui ont converti nos licences en masters : harmonisation de l’espace européen d’enseignement supérieur, mobilité des étudiants, etc.

En Suisse, un système d’assurance qualité se met progressivement en place. À partir de 2008, nos universités devront veiller à remplir certains critères. La toute-puissante Conférence des Recteurs des Universités de Suisse (CRUS) travaille en ce moment sur ce qu’elle appelle « les règles du jeu ». Ce jeu a un but : assurer à la Suisse une position forte dans la formation européenne. La règle principale est celle des coûts standards : pour que les filières d’études méritent les contributions de la Confédération et des cantons, elle [sic.] ne doivent pas dépasser des coûts standards moyens par étudiant, calculés à partir de filières types qui bénéficient d’un encadrement approprié. Par encadrement approprié, on entend qu’un nombre suffisant de professeurs s’occupe d’un nombre suffisant d’élèves. En définitive, les disciplines comptant moins de vingt étudiants sont particulièrement menacées.

Archive le Cafignon avril 20015

En vérité, la nouvelle Loi sur l’aide aux universités n’entérinera les « règles du jeu » qu’en 2008. À ce tournant fatidique, Neuchâtel aura une bonne longueur d’avance sur ses consoeurs. Grâce au plan d’intentions du Rectorat, nous pouvons facilement concevoir l’ampleur des changements prévus pour ces trois prochaines années. Avec la nouvelle Maison d’Analyes des Processus Sociaux (MAPS), la sociologie, l’économie régionale et les études des migrations rejoindront l’ethnologie et la géographie dans un regroupement fort, axé sur la recherche. Ce pôle national est attrayant, mais il détruit l’équilibre entre lettres et sciences humaines au sein de la Faculté. Dans la même intention de développer des domaines d’excellence, la microtechnique et la biologie végétale seront renforcées, l’une par le glissement de la chimie vers les nanosciences, l’autre par la réorientation des mathématiques vers la statistique appliquée aux sciences végétales. Avec ses piliers forts et ses pilastres décoratifs, l’Université de 2008 ne semble pas avoir terminé sa mutation.

À en croire les communiqués de presse de la CRUS, c’est à l’horizon 2015 que le remaniement du système universitaire suisse sera terminé. Chaque institution aura développé ses propres pôles d’excellence, de manière à former un réseau d’universités spécialisées, ou plutôt –du moins en Suisse romande – une seule université multisite. Une formation de niveau bachelor sera offerte en concurrence dans les différents sites. En d’autres termes, les petites branches qui n’auront pas encore disparu à Neuchâtel pourront être suivies pendant les trois premières années d’études. Une formation de niveau master sera proposée en collaboration entre les universités, si bien qu’on partira à Lausanne pour approfondir la physique et qu’on viendra à Neuchâtel pour étudier la biologie végétale. Concentrer ses forces, c’est assurer des masters de haute qualité qui attireront les étudiants étrangers. Cet effort semble décisif pour réussir le passage à Bologne dont l’objectif principal reste la mobilité.

Neuchâtel 2015, c’est dont la partie d’un tout. C’est une université dont les branches sont clairement hiérarchisées : les pôles d’excellence proposent d’excellents masters et les petites branches (celles qui ont survécu) n’assurent qu’une formation de niveau bachelor. Les étudiants qui choisissent ces dernières, s’ils visent la maîtrise, termineront leur cursus ailleurs. En d’autres termes, qu’ils profitent d’un séjour à l’étranger ou qu’ils restent en Suisse, les étudiants du futur voyageront beaucoup. C’est le prix à payer pour garantir une culture académique de haut niveau.

Au final, les décisions bruyantes de notre Rectorat semblent conformes aux desseins de la CRUS et aux lignes de force du processus de Bologne. Tout bien considéré, M. Strohmeier n’est-il pas simplement un recteur d’avant-garde, qui a compris avant les autres ce qui était nécessaire pour le bon développement de l’institution ? N’a-t-il pas raison de prendre aujourd’hui les mesures douloureuses qui se seraient proposées demain ?

Timothée Léchot.

 

NON

C’est un peu rapide.

Une chose est vraie : il est difficile de fustiger le Rectorat quand on sait que, au-dessus de lui, il y a la Conférence des Recteurs et, encore plus haut, des impératifs nationaux et internationaux qui accompagnent Bologne. Une petite université ne peut pas rester indifférente aux directives qui viennent d’en haut (de si haut on ne sait plus très bien qui les a faites). Que reste-t-il de Neuchâtel si elle tourne le dos aux réformes à l’heure où les autres institutions décident de travailler en équipe ? Un dossier aux Archives cantonales, tout au plus. Cependant, s’il est dangereux de prendre du retard, il est impensable de prendre de l’avance ! Quoi ! En arrivant à la table des négociations, la plus petite université aurait déjà choisi la place qu’elle occuperait dans le futur paysage universitaire suisse ? Est-ce que Fribourg, Lausanne, Genève, Berne, Bâle, Zurich, Saint-Gall, Lucerne et Lugano devraient accepter de tels caprices et adapter docilement leurs plans ?

La disparition du grec et de l’italien est une Renaissance à l’envers, une blessure prématurée. Il n’est pas encore temps de faire des coupes ni de se choisir des spécialités. Les hautes écoles suisses, dans l’espoir d’harmoniser tous les enseignements supérieurs, viennent seulement d’adopter un calendrier académique commun. Il reste beaucoup de chemin à parcourir. En attendant, les universités n’ont pas intérêt à dessiner solitairement leur avenir. C’est de la précipitation, sinon de l’égoïsme. C’est un mauvais calcul, puisqu’il faut parler en ces termes.

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À propos de Lena Würgler

La seule autre vraie journaliste.

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